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L'article provient de Le Journal de Montréal
Sports

À 80 ans, Jacques Hérisset joue encore au tennis en plus de conseiller des jeunes chaque jour à l’Académie Aliassime

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Photo portrait de Jessica Lapinski

Jessica Lapinski

2023-07-23T23:30:00Z
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Durant quelques jours, Le Journal vous présentera les portraits d'anciennes gloires de leur sport qui demeurent toujours aussi passionnées, même s'ils ont aujourd'hui franchi le cap dans 70 ou même des 80 ans.


À Québec, il est «Monsieur Tennis». Et ce surnom, que lui ont valu des décennies d’implication dans le monde de la petite balle jaune, de par son académie ou son poste de directeur du défunt Challenge Banque Nationale, Jacques Hérisset le porte encore très bien.

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Presque chaque semaine, en dépit de ses 80 ans – qu’il ne fait pas –, Hérisset tape la balle avec son ancien partenaire d’affaires et ami, Jacques Bordeleau. 

Son éternelle passion pour son sport, le grand manitou du tennis de Québec la tient de son père. Un joaillier, cette profession à laquelle M. Hérisset était lui aussi destiné, qui faisait 60 km de vélo à son retour du boulot, le soir, dans leur France natale. 

Jacques Hérisset célèbre après un point dans un match amical au Club Avantage Multi-Sports de Québec, là où il a dirigé sa propre académie de tennis durant de nombreuses années.
Jacques Hérisset célèbre après un point dans un match amical au Club Avantage Multi-Sports de Québec, là où il a dirigé sa propre académie de tennis durant de nombreuses années. Photo Stevens Leblanc

«J’allais me faire agacer»

Mais le premier grand amour de «Jack» Hérisset, ce n’était pourtant pas le tennis, confie-t-il. Loin de là, même: c’était plutôt le baseball. 

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«Mais quand on est arrivé au choix des joueurs pour l’équipe bantam, à 14 ans, je n’ai pas été choisi, raconte-t-il. Je savais que c’était en raison de ma petite stature, parce que j’avais une moyenne de ,433 au bâton!»

«Mon père m’a parlé du tennis, mais je ne voulais pas. À l’époque, les jeunes jouaient au hockey, au basketball, au football... je me disais que j’allais me faire agacer, poursuit M. Hérisset en riant. Le tennis, ça se jouait en shorts!»

Mais son père a persisté et l’a inscrit comme chasseur de balles à un tournoi d’envergure qui était disputé à Québec, là où le clan était désormais installé. Rod Laver, Roy Emerson et compagnie: la crème du tennis était présente. 

«À mon grand désespoir, j’y suis allé... Mais entre les matchs, les joueurs nous prêtaient leur raquette, se remémore M. Hérisset. Alors j’ai pris la raquette d’un pro et j’ai commencé à frapper des balles.»

Le déclic s’est fait à ce moment. Entre Jacques Hérisset et le tennis venait de naître quelque chose de fort qui allait perdurer même 65 ans plus tard. 

De Québec à Monte-Carlo

Il a ensuite pris des leçons, disputé des compétitions provinciales, nationales et même internationales, jouant notamment sur l’ocre de Monte-Carlo. 

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Mais sa passion première, c’était de s’entraîner. De frapper des balles, que ce soit avec des amis ou sur le mur. 

«Je pouvais jouer trois, quatre, cinq heures. Je regarderais tous les matchs de tennis que je pouvais, même si à l’époque, ça se limitait aux coupes Davis et aux tournois du Grand Chelem.»

C’est encore vrai aujourd’hui, d’ailleurs. M. Hérisset suit encore avec attention ce qui se passe sur la grande scène du tennis. Et, bien sûr, il porte une attention particulière aux performances de Félix Auger-Aliassime, qu’il a d’ailleurs conseillé sur son tennis, quand le membre du top 10 de l’ATP était encore un ado.

Legendre, Genois, Pelletier...

Car oui, les années ont passé et «Jack» s’est finalement tourné vers le coaching. Il a eu son aile de très jeunes Richard Legendre, Réjean Genois et Hélène Pelletier. Avec Jacques Bordeleau, un «passionné, lui aussi», il a lancé l’Académie Hérisset-Bordeleau au Club Avantage Multi-Sports. 

«Ce que j’aimais, c’était frapper avec les jeunes, frapper avec les adultes que j’entraînais, note-t-il. Je n’aimais pas juste leur envoyer la balle. Je voulais frapper avec eux.»

C’est d’ailleurs ce qui explique sa bonne forme physique actuelle, ajoute M. Hérisset, qui avait... 75 ans quand il a vendu son académie à Sam Aliassime, le père de Félix. 

Pour conserver la santé, Jacques Hérisset fait le tour du lac Beauport à la marche, quelques fois par semaine. 

Et oui, il joue au tennis. Il tente de frapper des balles au moins une fois par semaine avec Jacques Bordeleau. Mais il faut trouver un trou dans l’horaire des deux hommes, encore fort occupés. 

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Jacques Bordeleau et Jacques Hérisset (à droite), amis de longue date, se félicitent après un match amical de tennis.
Jacques Bordeleau et Jacques Hérisset (à droite), amis de longue date, se félicitent après un match amical de tennis. Photo Stevens Leblanc

«Ça ne se perd pas»

Car si M. Hérisset est encore impliqué bénévolement à l’Académie Aliassime, où il passe de nombreuses heures, quotidiennement, son complice, lui, est entraîneur-chef du programme de tennis de l’Université Laval. 

«Il n’y a rien de compétitif...» lance Jacques Bordeleau, avant d’ajouter que les deux amis «se taquinent parfois, après un coup gagnant». 

Et ce fameux «Jack», est-il encore bon au tennis, ce sport si exigeant qui demande de concilier cardio, technique, jeu de jambes, force et précision?

«La clé, c’est de continuer à bien frapper, explique-t-il. Quand ç’a été bien appris, ça ne se perd pas. Au tennis, c’est mon cas, je n’ai pas de douleurs quand je frappe. Je pense même que je pourrai continuer à jouer si un jour je me retrouve en chaise roulante!»

Mais avec le temps, Jacques Hérisset a délaissé l’aspect compétitif. Par «respect pour ce qu’est un tournoi», dit-il. Malgré sa bonne forme et son talent, il n’a jamais disputé de compétitions seniors. 

«Je ne voulais plus me préparer comme je le faisais avant un tournoi, ne pas prendre un petit verre la veille d’un match. Ça, ça prend une grande discipline de vie.»

«Il faut quils mangent de ce qui les passionne» Jacques Hérisset

La passion, comme celle qui l’habite encore, celle qui le pousse à frapper des balles chaque semaine et à conseiller des joueurs de tennis quotidiennement, Jacques Hérisset souhaiterait qu’elle prenne une place plus importante dans notre société. 

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Et là, M. Hérisset ne parle pas seulement de tennis. Il cible tout ce qui peut intéresser les jeunes et allumer une flamme en eux, du sport à la musique, en passant par l’écriture. 

Il aimerait que tous se consacrent davantage à «réussir» les adultes de demain, en accrochant les jeunes à des choses qui les passionnent profondément.

Jacques Hérisset attend la balle lors d’une partie de tennis amicale au Club Avantage Multi-Sports.
Jacques Hérisset attend la balle lors d’une partie de tennis amicale au Club Avantage Multi-Sports. Photo Stevens Leblanc

«Il faut qu’ils en mangent»

Car cela, croit-il, contribuerait à faire diminuer certains enjeux importants, comme le décrochage ou les problèmes de santé mentale. 

«Il faut créer un environnement qui fait en sorte qu’ils mangent [de ce qui les passionne], qu’ils réfléchissent de ça», affirme «Jack».  

«Certains ont peut-être peur. Ils se disent peut-être qu’il n’y a pas que cela dans la vie, ajoute-t-il. Je pense à moi, qui m’étais couché un soir, avec mes nouvelles espadrilles que j’avais eues pour ma fête, parce que j’étais tellement heureux de les avoir reçues. C’est un peu ça, la passion.» 

«Insister sur le bonheur»

Son appel à rendre les jeunes passionnés, Jacques Hérisset le lance d’abord aux parents – mais aussi au ministère de l’Éducation. 

«Il ne faut pas mettre de pression, mais il faut insister sur le bonheur que ça procure, dit-il à l’endroit des parents. Il faut parler avec les enfants à table [de leurs grands intérêts]. Pas de leurs performances, mais de ce que ça représente pour eux.»

«Il y a aussi l’école. Par ce qui se passe à la récréation, par les choix de cours... Qu’est-ce qu’on pourrait créer dans les programmes scolaires pour les stimuler et les passionner?» s’interroge-t-il. 

JACQUES HÉRISSET

  • 80 ans
  • Ancien directeur du défunt Omnium Banque Nationale de Québec, auparavant appelé «Challenge Bell»
  • A fondé l’Académie de tennis Hérisset-Bordeleau, que Jacques Bordeleau et lui ont vendue à Sam Aliassime il y a cinq ans 
  • A disputé des compétitions sur les scènes canadienne et internationale dans sa jeunesse
  • Ce qui lui permet de garder la forme: il tente de jouer au tennis une fois par semaine et il marche autour du lac Beauport 
  • Ce qui le garde passionné: montrer son sport aux plus jeunes, auprès de qui il s’implique quotidiennement à l’Académie Aliassime
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