Santé mentale: Mara Tremblay et Édouard Tremblay-Grenier se confient
Mère et fils parlent sans détour des enjeux qu’ils rencontrent
Michèle Lemieux
Lorsque Mara Tremblay a reçu un diagnostic d’autisme et qu’elle a partagé la nouvelle publiquement, elle a déclenché de nombreux témoignages des plus positifs sur la santé mentale. C’est aux côtés d’Édouard Tremblay-Grenier que nous l’avons rencontrée, afin d'aborder les enjeux rencontrés par la mère et le fils.
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Mara et Édouard, quels sont vos projets professionnels respectifs?
Édouard: Pour ma part, je suis en train de sortir des singles pour présenter un album prochainement. J'ai des spectacles au programme, dont aux Francos et dans quelques festivals.
Mara: De mon côté, j’ai quelques shows avec Hauterive, mon duo avec Catherine Durand, qui est l'une de mes meilleures amies. J'accompagne aussi Marie-Annick Lépine dans sa tournée de spectacles. Elle vient de sortir un album. Nous sommes trois amies, et jouer avec elles me fait beaucoup de bien. Je travaille aussi sur un nouvel album qui sortira en janvier 2027.
Vous avez révélé avoir reçu un diagnostic d'autisme. Qu’est-ce que cela a changé dans votre vie?
En fait, j'ai une triple exceptionnalité, comme on dit. J'ai commencé par avoir un diagnostic de bipolarité il y a 16-17 ans, mais malgré la médication, mon psychiatre n'arrivait pas à régler certains problèmes. Il soupçonnait un TDA ou un haut potentiel intellectuel (HPI). Une neuropsy a confirmé le tout, ce qui expliquait énormément de choses parce qu'il y a beaucoup d’hypersensibilité reliée à ça. Ça expliquait la fatigue de même que des problèmes vécus durant l’enfance. J’étais tellement différente que je vivais beaucoup d’intimidation. La musique m’a sauvée. Mais ça n'expliquait toujours pas certaines crises. Il y a 15-16 ans, j'ai perdu l'usage de mes jambes. Je n'étais plus capable de parler. Je tremblais. Je ne pouvais plus jouer de musique. J’ai vécu des crises de larmes durant lesquelles je me roulais en boule.
Et on ne pouvait pas expliquer ces comportements?
Non. Il y a énormément de voix dans ma tête. C’est comme si j’étais toujours dans un café rempli de gens. On n'arrivait pas à comprendre ni à apaiser ces symptômes. On n’arrivait pas à expliquer non plus la fatigue chronique et la fibromyalgie. Ça fait des années qu'on cherche ce que j'ai. Je dormais aussi avec les bras en posture de dinosaure, les poignets repliés vers la poitrine. Depuis que je suis toute petite, je serre mes pouces, probablement pour m'empêcher de «flapper» des mains.
Qu’est-ce qui vous a mise sur la piste de l’autisme?
J’ai rencontré Stéphanie Boulay, à qui j'ai décrit mes symptômes. Elle m’a dit que ça ressemblait énormément à des crises autistiques. Elle m'a envoyé de la documentation et je me suis reconnue à 300 %. Il existe même des burnouts autistiques! Je me suis rendu compte que c’est ce que j’avais fait en 2009. J’avais sorti le plus gros album de ma carrière, Tu m'intimides, mais je n'ai pas pu le vivre ni partir en tournée, car j'avais arrêté de marcher et de parler. J'ai vraiment fait un burnout autistique. La neuropsychologue spécialisée en HPI et autisme chez la femme a confirmé le diagnostic.
Ce diagnostic a dû être extrêmement libérateur pour toi...
Oui. Durant ma jeunesse, j'ai arrêté de faire du violon classique parce qu'on me disait que je mettais trop d'émotions dans mes interprétations. Partout, on me disait que j'étais trop intense, que je dérangeais. Ou sinon, j'étais muette. À partir du diagnostic, je ne me suis plus sentie mal d'être exubérante, de bouger beaucoup, de parler fort, de parler vite ou de ne pas parler. J'avais la réputation d'être une personne dure, qui avait l'air bête, mais ce sont des traits autistiques. Maintenant, je me sens libre d'être qui je suis. J’en parle ouvertement parce que, si mon témoignage peut libérer d'autres personnes, tant mieux.
Pour une artiste, y a-t-il des avantages à posséder ces traits de personnalité?
Ça s'accompagne de beaucoup de souffrance, je capte beaucoup plus de choses que la normale. J'ai de l'hyperempathie. Je n’ai pas de limites. J’arrête quand je n’ai plus d’énergie.
Vous avez quand même la chance de pouvoir compter sur votre fils, si je comprends bien...
É.: Oui. Nous avons toujours été là l'un pour l'autre, même quand j'étais très jeune. Tout cela a fait en sorte que j'ai pris de la maturité très vite.
M.: Mes enfants m'ont vue en crise, roulée en boule en train de pleurer. Cela a fait en sorte que nous avons beaucoup parlé de santé mentale. Quand ça ne va pas, Édouard et Victor sont les premières personnes que j’appelle. Ce sont mes repères. Je pense que ça prend quelqu'un dans la vie qui peut nous prendre la main avant qu’on tombe. Être avec Édouard me sécurise. C’est mon ancrage. J'ai déjà passé trois semaines à l'hôpital psychiatrique. Aller visiter sa mère à l'hôpital psychiatrique, c’est spécial...
Édouard, vous avez aussi certains enjeux à gérer, semble-t-il.
E.: Je pense que oui, mais je n’ai pas de diagnostic. Depuis que ma mère sait qu'elle est autiste, elle me dit souvent que j’ai des traits autistiques. Je suis très créatif. Je peux composer quatre tounes par jour.
M.: Il faut quand même dire qu’il est neuroatypique. Il est dysorthographique et dyslexique. L’école, c’était difficile pour lui. Édouard a commencé comme acteur à l’âge de huit ans et il fait de la musique.
E.: J'ai toujours eu de la difficulté sur le plan social. J'essaie de me forcer, mais ç'a toujours été un enjeu pour moi. Si je vais dans un événement où il y a beaucoup de monde, je stresse à fond avant même d'être parti de chez moi. Une fois sur place, c'est la plus belle soirée de ma vie. Mais comme je n’ai pas fait de tests, je ne veux pas m’autodiagnostiquer.
Trouvez-vous que l'époque actuelle permet de dramatiser toutes les questions de santé mentale, ou presque?
M.: On est en cheminement, mais il n'y a pas plus d'aide. Ça reste très difficile, à moins d’avoir des sous. Je suis chanceuse: j'ai un psychiatre et une neuropsy. Mais ma ressource première, ça reste les gens avec qui je suis capable de parler, qui sont mon mari et mes deux enfants. Édouard est la personne avec laquelle je ris le plus. Avec mon chum, tout a changé après mon diagnostic. Je me demandais tout le temps si j’avais fait quelque chose de pas correct. Entre 2015 et 2016, j’ai vécu l’une des périodes les plus sombres de ma vie. Je n'étais pas médicamentée à l'époque. Le lithium ne fonctionnait plus. Je suis tombée sur la série Nashville, que j’ai écoutée au moins 10 fois. Écouter sa musique m’a sauvé la vie! Je n’écoute presque que ça depuis au moins 7 ans!
J'imagine que votre complicité crée une relation mère-fils exceptionnelle...
M.: Oui, mais on est tellement connectés que c'en était dangereux quand on vivait ensemble. Dans ces moments, j'appelais mon autre garçon ou son père. En tant que mère, je ne pouvais pas prendre soin d’Édouard. J'étais capable d’admettre que je ne lui faisais pas de bien.
Édouard, est-ce que ç'a été difficile pour vous de voir votre mère dans des situations de détresse?
É.: C'est sûr. Pendant la période difficile que ma mère a traversée, je n'ai tellement pas feelé que maintenant, j'apprécie tout à 100 %. Je prends les choses avec plus de légèreté. J’essaie toujours de trouver du positif dans n'importe quelle situation. Mais plus jeune, je ne comprenais pas ce qui se passait. Heureusement, j’étais bien entouré. Je dois dire que même quand elle n’allait pas bien, elle a toujours fait en sorte que nous, on soit bien.
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