Comment Mélanie Maynard a, sans le savoir, propulsé la carrière d’Édith Cochrane
«Les temps fous» est diffusée le vendredi à 21 h sur les ondes de Télé-Québec
Marjolaine Simard
Édith Cochrane se destinait à enseigner le français et l’histoire... jusqu’à ce qu’un coup du destin bouleverse ses plans. Cette bifurcation inattendue l’a menée vers une carrière foisonnante de comédienne et d’animatrice, qu’elle embrasse aujourd’hui avec bonheur. Pourtant, ses premières passions ne l’ont jamais quittée: l’amour de la langue et le goût de l’histoire continuent d’animer son quotidien, notamment à travers l’animation de l’émission Les temps fous, qu’elle pilote pour une troisième saison. Entre une pause en ville et un retour dans son refuge en Estrie, elle nous a parlé de son parcours et de ses projets avec la verve qu’on lui connaît.
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Qu’est-ce qui rend Les temps fous unique?
Les temps fous est né de l’envie de mêler la petite histoire à la grande. On y réunit chaque semaine trois personnalités de générations différentes pour un véritable voyage dans le temps, en explorant leur parcours personnel à travers les grands moments de l’histoire universelle. Les échanges qui en résultent sont d’une richesse incroyable. L’émission crée des ponts entre les générations, parce qu’on aborde des thèmes universels, par exemple l’amour, la liberté, l’autorité, la sécurité... et on découvre comment chacun les a vécus selon son époque. Ce qui est magnifique, c’est que malgré les écarts d’âge, le premier amour ou ce sentiment de liberté à l’adolescence restent des expériences profondément marquantes et chargées de souvenirs.
Quels moments forts rythment l’émission?
On a des segments vraiment touchants. Celui des jouets d’enfance, par exemple, dit tout d’une époque. Si tu as grandi avec des billes ou des Pokémon, tu ne viens pas de la même époque! Imaginez Sarah-Jeanne Labrosse en train de jouer à Guitar Hero avec Shirley Théroux! C’est ce genre de moment qu’on veut créer. Il y a aussi un nouveau segment qui s’appelle «Les années marquantes», où un invité parle d'une année clé de sa vie, puis les autres racontent ce qu’ils vivaient au même moment. C’est riche en souvenirs et en émotions.
Comment la musique vient-elle enrichir l’expérience?
Je rêvais d’un univers sonore entièrement féminin qui fasse voyager, et le quatuor à cordes Esca a amené exactement ça. Ça crée une ambiance unique, parce qu’elles sont situées très près de moi et des invités. On les sent avec nous. Elles rient, elles pleurent avec nous... Elles font partie intégrante du show et donnent une profondeur incroyable aux discussions.
Qui retrouve-t-on cette saison?
On a réuni des invités de tous les horizons, et c’est magique de les voir interagir. On aura entre autres Gildor Roy (63 ans), Édith Butler (83 ans), Justin Morissette (20 ans), Jean-Nicolas Verreault (57 ans), Véronic DiCaire (48 ans), Jean-Luc Mongrain (71 ans), Sœur Angèle (86 ans), Ludivine Redding (27 ans) et Marie-Soleil Dion (40 ans).

Profitons de cette entrevue pour remonter le temps, comme tu le fais avec tes invités. À quelle époque retournerais-tu si tu en avais la possibilité?
J'aurais bien aimé vivre le Québec des années 1970. Il y a quelque chose de mythique dans cette période-là, une espèce de renaissance. Je suis née en 1977, donc mes parents l'ont vécue, mais on vivait en Abitibi, à la campagne. Moi, j’aurais voulu goûter à ça à Montréal.
Si on pense à ta carrière, quelle année représente un moment charnière?
Je dirais 2002, ma première année à la LNI. C’est l’année où mon activité parascolaire est devenue mon métier. Je me rappelle encore avoir remplacé Mélanie Maynard, qui s’était désistée à la dernière minute. Puis, dès mon premier match, j’ai reçu la première étoile! Je n’aurais jamais osé rêver à ça. Moi, je me prédestinais à l'enseignement. Avec le recul, je sais que ce moment-là a tout déclenché: ma carrière, ma vie actuelle... Sans ça, je serais probablement devenue professeure, je n’aurais pas été comédienne, ni animatrice, et je n’aurais peut-être jamais rencontré Emmanuel (Bilodeau). C’est vraiment le point de bascule de mon destin.
Ce qui fascine le public, c’est ta répartie. Tu as l’esprit vif et tu es très drôle. As-tu ce don depuis l’enfance?
Je pense que j’ai toujours eu cette répartie-là, mais elle ne sortait que sur une patinoire d’impro. Je n’étais pas la plus drôle de la classe ni le boute-en-train. Cependant, à la maison, autour de la table, on riait énormément. Mes parents sont drôles et ils ont aussi beaucoup de répartie, donc ç'a toujours fait partie de ma vie. Mais à cette époque, je n’avais pas réalisé que je pouvais être drôle en public. C’est en secondaire 3, quand je suis montée pour la première fois sur une patinoire d’impro, que j’ai compris que j’avais ça en moi.
Ce don te paraissait moins évident en dehors de la patinoire...
Pour vraiment me décomplexer, ça m’a pris Les enfants de la télé. C’est là que j’ai compris que je pouvais être drôle par moi-même. Quand j’ai passé l’audition pour remplacer Véronique Cloutier, je n’avais même pas envie de le faire. Mais on m’avait remarquée comme invitée à l’émission, où j’avais été drôle sans le chercher. Et contre toute attente, je me suis retrouvée sur la chaise du fou du roi, payée pour livrer. Et là, j’ai senti la pression. Chaque fois que j’ouvrais la bouche, on s’attendait à un punch. C’est à travers cette expérience que j’ai appris comment faire. Il y a clairement un «avant» et un «après» Les enfants de la télé.
Quelle fut ta première expérience marquante à la télé?
C’est Le Sketch Show. J’avais un peu insisté pour passer l’audition, parce qu’on n’avait pas pensé à moi pour ça au départ. C’est Jean-Michel Anctil qui m’en avait parlé et qui m’avait fait écouter une cassette. Je suis heureuse d’avoir poussé, car cet événement a également changé le cours de ma vie. J’ai décroché le rôle aux côtés de Réal Bossé, Emmanuel Bilodeau, Sylvain Marcel et Catherine de Sèvres. On était cinq, et ç'a duré quatre ans. On faisait tous les personnages, j’ai incarné une foule de rôles avec des perruques.
Et tu y as rencontré ton amoureux, Emmanuel Bilodeau...
Oui, en 2004. On avait énormément de plaisir ensemble et on a vite réalisé qu’on formait une bonne équipe, autant au travail qu’en dehors... On connaît la suite. Ce tournage-là, c’était capoté, parce que même si c’était ma première vraie expérience sur un plateau, je comprenais tout ce qui se passait. Je savais que j’étais exactement à ma place.
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Tu es de retour dans la série Inspirez expirez, où tu reprends ton rôle de Carolanne O'Farrell...
Dans la première saison, Carolanne — qui se faisait appeler Antara Yoni — était une femme qui s’improvisait yogi après avoir suivi deux ou trois tutoriels de yoga en ligne, et qui s’était lancée là-dedans surtout pour faire de l’argent en vendant des produits à son effigie. Dans la deuxième saison, elle reprend son vrai nom, Carolanne, et s’est reconvertie dans l’import-export. La prémisse, c’est que tous les participants de la retraite de la première saison reçoivent des menaces de mort et doivent se réunir pour enquêter. Dans cette saison, je suis beaucoup jumelée au personnage du policier prénommé JF, joué par Pierre Brassard.
Tu viens aussi de publier un livre illustré par ton amie Isabelle Brouillette...
Oui, c’est un beau projet d’amitié! Isabelle est une amie de longue date, on a connecté grâce à l’impro lors de ma première année à la LNI. On jouait dans la même équipe. Ce livre s’appelle Au fond de ma cour et c’est le troisième tome d’une trilogie, après Derrière mon fauteuil et Sous mon lit. Je signe les textes et Isabelle fait de magnifiques illustrations super colorées. L’idée de départ est simple: c’est un enfant qui trouve des objets et s’invente une histoire autour de ceux-ci.
Justement, ton été s’est-il déroulé comme dans ton livre: au fond de ta cour, dans ton magnifique jardin en Estrie?
Oui! Durant l’été, je ne suis revenue qu’une seule journée à Montréal. Lors de ma première nuit en ville, j’ai regardé par la fenêtre et la maison derrière chez nous était en feu. Le lendemain, je me suis dit: «Ça va pour moi, la ville!» J’ai donc filé en campagne et j’y suis restée. Mes gars étaient surtout à Montréal et Emmanuel jouait au théâtre dans Les Boys, alors j’ai passé l’été avec ma fille, Adélaïde, à la rivière et dans le potager. On a reçu beaucoup d’amis... Ç'a vraiment été un été magnifique.