Phénomène inquiétant dans les refuges: quand des gens adoptent l’animal de quelqu’un d'autre
Des animaux perdus et adoptés aussitôt


Marianne Langlois
Des cas d’animaux disparus adoptés en moins de quelques jours dans différentes sociétés protectrices d’animaux du Québec inquiètent des propriétaires de petites bêtes.
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En septembre dernier, Alison Cieslar a recueilli une petite chatonne de 4 mois sans collier ni micropuce qui venait de s’enfuir près de chez elle. Après avoir installé des affiches et fait le tour du voisinage pendant plusieurs semaines, elle va finalement porter celle qui est surnommée Poussière à la Société protectrice des animaux de Montréal (SPCA).

«Le soir même, je reçois un appel, c’était le propriétaire qui revenait de voyage. Il venait d’apprendre que son chaton avait disparu. Il s’est empressé d’aller à la SPCA de Montréal et son chaton était en train de se faire adopter. Il était dans les bras d’un enfant!» déplore la résidente de Rosemont, qui trouve régulièrement des chats dans sa ruelle.
L’éducatrice en comportement canin était fâchée d’apprendre que le chaton qu’elle venait de leur confier avait été mis en adoption «moins de 48 heures après son arrivée au refuge», alors que des clients lui ont rapporté avoir déjà vécu ce genre de situation.
Abandonné puis adopté
Le Journal a constaté que des cas du même genre ont été signalés par de nombreux propriétaires d’animaux de compagnie sur les réseaux sociaux.
Dominique Jodoin a vécu une situation déplorable quand elle a dû se départir de son chien Ruben. Après avoir trouvé une famille aimante pour son jeune pitbull malamute il y a 4 mois, elle rappelle au nouveau propriétaire de lui rapporter le chien au moindre pépin.

La semaine dernière, elle apprend que Ruben n’a pas seulement été abandonné, mais qu’il a été adopté à la SPA de Saint-Lin dans les Laurentides.
«Je veux ravoir mon chien [...] la SPA ne veut rien me dire, je ne suis pas en mesure de contacter les nouveaux propriétaires, ils m’ont dit que c’était confidentiel», déplore la Trifluvienne.
Le jeune chien avait un dossier vétérinaire à Trois-Rivières, une médaille de la ville, mais aucune micropuce. Lorsqu’elle a contacté le refuge, on lui a mentionné que le chien «ne lui appartenait plus».
«J’ai même dit que s’il revenait, j’aimerais pouvoir l’adopter, que je voulais qu’on me contacte directement. On m’a répondu que ce n’était pas possible», conclut-elle.
Délai d’attente
Il arrive que de nouvelles familles adoptantes redonnent un animal aux propriétaires originaux par respect, mais légalement, rien ne les y oblige, selon des vétérinaires et les sociétés protectrices consultées.
Lorsqu’un animal est pris en charge, des délais variant «entre 24 et 72 heures selon les circonstances» doivent être respectés avant la mise en adoption, confirme la SPCA de Montréal.
«En cas de doute, c’est toujours 72 heures [...] un de nos pires cauchemars, c’est de faire adopter l’animal de quelqu’un», explique Alexandre Perreault-Juteau, directeur du service à la clientèle à la SPCA de Montréal.
Des critères spécifiques doivent être observés pour évaluer si un animal appartient potentiellement à quelqu’un, notamment s’il porte une micropuce, s’il a un collier, mais également sa santé en général, comme un beau pelage.
À la SPCA de Montréal, on soutient que «des cas où un animal [est] en adoption en moins de 24 heures, ce n’est pas supposé arriver».
«Si ça arrive, c’est une erreur humaine. Je ne peux pas dire que ce n’est jamais arrivé, mais ce n’est pas fréquent», soutient le directeur du service à la clientèle de la SPCA de Montréal.

Comment éviter une telle situation avec son animal?
Le faire micropucer: Plusieurs municipalités et villes au Québec obligent déjà le micropuçage des animaux de compagnie. Il s’agit de la meilleure façon d’identifier et de protéger son compagnon en cas de perte.
L’enregistrer: Enregistrer son animal auprès de sa municipalité est essentiel pour assurer que l’animal ne soit pas identifié comme abandonné et pour prouver que vous en êtes le maître en cas de problèmes.
Lui faire porter une médaille: Identifier son animal à l’aide d’une médaille personnelle sur laquelle on peut voir le numéro de téléphone du propriétaire demeure un moyen simple de savoir à qui l’animal appartient. Il existe également des capsules dans lesquelles on peut mettre des informations.
Déclarer l’animal perdu: Dès qu’un animal est perdu, un signalement doit être fait à la société protectrice de votre arrondissement.
Le laisser à l’intérieur: L’Association des médecins vétérinaires du Québec en pratique de petits animaux souligne que de garder son chat à l’intérieur demeure la meilleure option d’éviter qu’il soit perdu ou qu’une personne le vole.