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L'article provient de Le Journal de Québec
Justice et faits divers

La victime du «photographe des stars» n’a plus honte

L’homme a témoigné hier au procès de Roland Lachance

Martin Chouinard, victime du photographe Rolland Lachance.
Martin Chouinard, victime du photographe Rolland Lachance. Photo Nicolas Saillant
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Photo portrait de Nicolas Saillant

Nicolas Saillant

2022-06-14T19:25:54Z
2022-06-15T02:07:56Z
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Pendant 30 ans de sa vie, « Roland de Québec » a pu vivre « sous le radar », poursuivant sa carrière de « photographe des stars » en toute impunité. Pendant ce temps, sa victime s’est sentie prisonnière d’une cage pendant trois décennies.

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« Mon nom, c’est Martin Chouinard, je n’ai rien à me reprocher. »

L’une des victimes de Roland Lachance, ce photographe de 90 ans reconnu coupable à deux reprises d’agressions sexuelles sur des adolescents, a livré un témoignage percutant devant la cour à l’occasion des observations sur la peine, mardi.

Au début des années 90, Martin Chouinard avait rencontré « Roland de Québec » par hasard, en faisant de l’auto-stop.

L’agresseur avait rapidement invité l’adolescent de 14 ans à faire des photos pour lui constituer un portfolio de mannequin, puis en l’invitant à des soirées mondaines tout en lui faisant des avances qui ont mené à une cinquantaine d’agressions sexuelles jusqu’à l’automne 93.

  • Écoutez la chronique de Nicole Gibeault au micro de Geneviève Pettersen sur QUB radio:

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Prison de verre

Martin Chouinard a tenté d’oublier cette histoire pendant 30 ans de sa vie, malgré une rage qui l’habitait. C’est lorsqu’une première victime a porté plainte contre Roland Lachance en 2019 que M. Chouinard a décidé de plonger à son tour.

« Merci à l’autre victime, c’est grâce à lui que je suis ici. C’est le petit coup de pied qui me manquait », a dit l’homme de 45 ans devant le juge Thomas Jacques.

Pourtant, le procès a été très difficile pour lui, au point même où il a attenté à sa vie. 

« À la place d’une grande joie, c’était le grand vide », a-t-il raconté avec beaucoup d’honnêteté. Le père de famille s’est toutefois ressaisi après cet épisode sombre grâce à une thérapie et à l’amour de sa famille. « Il y a une évolution, je la vois », assure-t-il.

Le verdict de culpabilité a aussi été salutaire dans son processus de guérison. « Le procès m’a amené la certitude que je n’ai rien à me reprocher », a-t-il témoigné.

« Ç’a été difficile, mais ça vaut la peine », ajoute M. Chouinard en invitant les victimes d’agressions sexuelles à porter plainte comme lui l’a fait.

« Je n’ai pas d’affaire à avoir honte, à avoir peur », explique-t-il. C’est d’ailleurs dans cet élan qu’il a spontanément demandé au tribunal que son nom soit rendu public.

Une ordonnance de non-publication empêchait les médias de dévoiler son identité, mais l’homme a souhaité qu’elle soit levée pour marquer l’éclatement de cette « prison de verre » dans laquelle il se sentait enfermé depuis 30 ans. 

Quatre ans de prison demandés

Le procureur Michel Bérubé a demandé une peine de pénitencier de 4 ans malgré l’âge de l’accusé, estimant qu’il a pu vivre « sous le radar » depuis les faits.

« Il a pu vivre toute sa vie sans que la société sache les crimes odieux qu’il a commis », a fait valoir Me Bérubé. 

L’avocat de Roland Lachance a demandé au juge de faire preuve de « modération » et propose une peine de deux ans moins un jour à purger dans la collectivité. 


Le magistrat rendra sa décision en septembre. Les représentations sur la peine du premier procès de l’accusé auront lieu la semaine prochaine.

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