Cadre financier: la CAQ chiffre ses nouveaux engagements à 30 milliards $
Marc-André Gagnon | Bureau parlementaire
La CAQ chiffre le coût de ses nouvelles promesses à 30 milliards $ d’ici 2026-2027. Le cadre financier dévoilé samedi matin par François Legault et Eric Girard prévoit un déficit, après versement au Fonds des générations (FDG), beaucoup plus important que ce qui était prévu dans le rapport préélectoral.
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Dès 2022-2023, le déficit atteindrait 7,69 milliards $, alors qu’il était de 6 milliards $ de moins dans le rapport préélectoral validé par la vérificatrice générale dévoilé le mois dernier.
L’année suivante, le solde après versement au FDG serait dans le rouge de 5 milliards $, alors que le déficit en 2023-2024 se chiffrait à 1,27 milliard $ dans le rapport préélectoral.
La CAQ vise toujours le retour à l’équilibre budgétaire en 2027-28, alors que le solde budgétaire, l’année précédente, serait négatif de -2,1 milliards de dollars en 2026-27, après contribution au FDG.
«On est le seul parti qui présente un plan crédible pour retourner à l’équilibre budgétaire», a fait valoir François Legault.
Croissance économique
Tel qu’annoncé en début de campagne électorale, la Coalition avenir Québec promet des baisses d’impôts totalisant 7,5 milliards $. En excluant ces revenus dont l’État se priverait, les dépenses supplémentaires prévues par le parti de François Legault totalisent 22 milliards $.
La CAQ s’attend à ce que ces baisses d’impôt, jumelées à des investissements majeurs de 3 milliards $ dans la 5G et la téléphonie cellulaire, génèrent une croissance économique supérieure à celle prévue le mois dernier.
«Nous sommes persuadés de pouvoir dépasser les attentes des économistes», écrit le ministre des Finances sortant, Eric Girard, dans le document résumant le cadre financier de son parti pour les quatre prochaines années.
M. Girard prévoit ainsi hausse des revenus totale de 3,3 milliards de dollars entre 2024 et 2027.
En conséquence, les provisions pour imprévus seraient amputées d’un milliard de dollars par an pendant les deux derniers exercices financiers du mandat. Les réserves pour pallier les risques économiques seraient ainsi de 8 milliards $, au lieu des 10 milliards $ inscrits dans le rapport préélectoral.
7,5 milliards $ de plus au PQI
Les grands chantiers d’infrastructures que souhaite lancer la CAQ coûteront cher. Le parti de François Legault prévoit bonifier une fois de plus le Plan québécois des infrastructures (PQI). De 142,5 milliards $ au dernier budget, il passerait à 150 milliards $, soit 7,5 milliards $ de plus.
La bonification de l’offre de soins au privé qui seraient remboursés avec la carte soleil ne se ferait pas sans coût: à compter de 2024-2025, 5 millions $ par année seraient dépensés en raison de la hausse du nombre d’actes médicaux pratiqués à l’extérieur du réseau public. D’ici la fin du mandat, l’impact budgétaire serait de 15 millions $.
En attendant les cadres financiers du Parti québécois et du Parti conservateur du Québec – François Legault les réclame d’ici jeudi, avant le premier débat – le chef caquiste n’a pas manqué de critiquer les plans déjà dévoilés par Dominique Anglade et Gabriel Nadeau-Dubois.
«Pas le temps de jouer aux cowboys»
«Ce n’est pas le temps de jouer aux cowboys avec l’argent des Québécois», a lancé le chef caquiste.
Contrairement au PLQ, la CAQ s’est prévu des réserves de 8 milliards $, a entre autres souligné M. Legault.
Rappelons que le Parti libéral propose de son côté des engagements totalisant 41 milliards $ sur cinq ans, ce qui ferait augmenter la dette de 5 milliards. Dominique Anglade repousserait également de sept ans, le retour au déficit zéro.
Québec solidaire, qui irait puiser 4,43 milliards $ dans les poches des plus riches et 4,6 milliards $ chaque année à la fin d’un premier mandat dans les revenus des grandes entreprises, suspendrait les versements au Fonds des générations, ce qui ferait augmenter le ratio dette/PIB à 44%, contre 42% présentement.
Pour François Legault, c’est dans le pourcentage de la dette sur le PIB que se trouve la clef.
«C’est nous qui réduisons le plus la dette en pourcentage du PIB, et puis c’est important parce que cette dette là on la laisse à nos enfants donc c’est vraiment une question d’équité entre les générations», a fait valoir le chef caquiste.
Le cadre financier «qui est le plus grave, c’est QS qui ajoute 32 milliards $ à la dette pour financer des infrastructures... Tout mettre ça sur la carte de crédit de nos enfants», a déploré M. Legault.
Le cadre financier de la CAQ prévoit aussi:
- Un financement stable des grandes missions de l’État avec une croissance des dépenses en santé de 4,5 %, et de 3,5 % en éducation et en enseignement supérieur;
- Une augmentation de 7,5 milliards $ des investissements en infrastructures publiques et le maintien des versements au Fonds des générations à près de 3,0 milliards de dollars par année;
- La poursuite de la réduction du poids de la dette nette par rapport au PIB pour qu’il atteigne 31 % d’ici 2032-33;
- De rendre la cotisation au Régime des rentes du Québec (RRQ) pour les travailleurs âgés de 65 ans et plus optionnelle afin de contrer la pénurie de main-d’œuvre, ce qui pourrait représenter jusqu’à 3 000 $ par an;
«L’austérité caquiste», affirme la cheffe libérale
La cheffe libérale a vivement critiqué le cadre financier de la CAQ samedi après-midi, soutenant que la CAQ entraînera le Québec dans «l’austérité».
«La CAQ s’invente des revenus qui sont basés sur absolument rien, sinon que du vent. Et, les chiffres sont significatifs», a -t-elle déclaré lors d’un très long bain de foule à la fête des Vendanges de Magog. «Non seulement il y a des déficits, mais ils n’arrivent pas à réduire le ratio dette/PIB comme nous sommes capables de le faire.»
Dominique Anglade affirme que la révision des programmes prévue par la CAQ de François Legault entraînera des politiques d’austérité.
«La révision de programme, c’est la même chose que les coupures. C’est de l’austérité caquiste qui nous est annoncée, avec 1,5 milliard de coupures. Où vont-ils couper?», demande Mme Anglade.
La cheffe a aussi ridiculisé la réduction des versements au Fonds des générations inscrites dans le plan caquiste afin de financer leurs engagements et réduire à terme les déficits. «C’est hypothéquer l’avenir de nos enfants», a-t-elle dit.
«Ce cadre financier là est excellent... pour 1990», a raillé le porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois. «C’est un cadre financier d’une autre époque, pour un homme d’une autre époque», a-t-il ajouté.
Le leader solidaire s’est également étonné de ne pas y voir une mention des changements climatiques.
Tout comme son adversaire libérale, M. Nadeau-Dubois estime que le plan caquiste entraînera des coupures à plus ou moins long terme.
«On les connaît ces partis-là, les partis comme les libéraux, comme la CAQ. Quand ils promettent des déficits, qu’est-ce qui vient après? C’est de l’austérité», a-t-il déclaré.
Le cadre financier de QS, déposé hier, ne prévoit pas de déficits, mais pour y arriver le parti suspend l’ensemble des versements au Fonds des générations.
Avec la collaboration de Patrick Bellerose