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Culture

Avant de faire rire, Marthe Laverdière faisait frissonner les gens avec ce talent

«Planter avec Marthe» en rattrapage sur TVA+

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Marjolaine Simard

2025-07-10T10:00:00Z
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Marthe Laverdière est une touche-à-tout à l’énergie débordante. Et son goût du bonheur lui vient de son père, Antonin, un sage fermier qui trouvait toujours une solution aux problèmes. Horticultrice, autrice, massothérapeute et humoriste, elle carbure aux projets. D’ailleurs, elle a aujourd’hui un grand rêve: bâtir la Maison Jeanne, un lieu de répit pour les proches d’enfants ayant des besoins particuliers, en l’honneur de sa petite-fille Jeanne, 12 ans, atteinte du syndrome de Rett. Une fois ce projet accompli, Marthe souhaite se retirer de la vie publique pour savourer la vie et son rôle de grand-maman aux côtés de Minou, son complice de toujours. Rencontre avec une femme au cœur immense.

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Marthe, vous avez dit en entrevue que vous aviez envie que le public vous connaisse mieux...

Vous savez, avec les réseaux sociaux - les pouces en haut, les pouces en bas! -, on ne peut pas vraiment connaître quelqu’un comme ça. Les gens me connaissent à travers mes capsules horticoles et mes lecteurs, à travers mes livres, mais j’ai envie qu’on me découvre plus en profondeur.

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La meilleure façon d’y arriver, c’est de replonger dans votre passé. Commençons par le début... Quel genre de petite fille étiez-vous?

Moi, j’étais la plus jeune fille du premier lit. J’ai un frère plus vieux et cinq sœurs. Ma mère est décédée quand j’avais deux ans et demi. On vivait sur une petite ferme artisanale. On avait quelques animaux. On n’était pas riches, mais j’ai eu une enfance de rêve grâce à mon père, Antonin, qui a joué à la fois les rôles de père et de mère.

C’était donc un bon papa...

Oh! mon Dieu! Oui! Il m’a offert une enfance merveilleuse. Papa, c’était un sage. Même s’il se demandait souvent comment il arriverait à payer les comptes, il restait toujours joyeux. Il avait une immense joie intérieure. Il fredonnait tout le temps. C’était un homme libre. Il disait souvent: «Tant que t’as un petit bout de terre, tu ne mourras pas de faim et tu resteras libre.»

On imagine bien votre papa heureux, en train de fredonner. La pomme n’est pas tombée loin de l’arbre...

Le bonheur, c’est simple. C’est dans les petites choses. Et surtout, c’est dans l’élan vers l’autre. Aujourd’hui, on veut faire croire aux jeunes que le bonheur, c’est de penser à soi. Mais tu fais vite le tour de ton nombril. Pour moi, le bonheur, c’est la communauté, le partage...

Une grande famille, ça apprend également à partager...

Mon père disait: «S’il arrive de la visite, mets de l’eau dans la soupe, tout le monde va manger!» On n’était pas malheureux pour autant. Souvent, on mangeait des patates pis du beurre parce qu’on n’avait pas les moyens d’avoir autre chose. Papa disait: «C’est donc bon parce qu’on est ensemble!» Et c’est vrai que c’était bon. Tout était rassurant autour de lui. Quand il y a de l’amour, on passe à travers tout.

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Vivre sur une ferme enseigne certainement à devenir autonome...

Bien sûr! Pour moi, la terre a toujours été là. La terre, c’est ce qu’il y a de plus précieux. Elle nourrit, elle embellit, elle parfume... Elle fait tout!

Bruno Petrozza / TVA Publications
Bruno Petrozza / TVA Publications

À l’adolescence, vous avez rencontré l’homme de votre vie. Il y a 47 ans...

Oui! J’avais 15 ans quand j’ai rencontré mon Sylvain, que j’appelle Minou. On s’est connus à la polyvalente et on s’est mariés en 1982. Cette année, ça nous fera donc 43 ans de mariage. Il vivait sur une ferme laitière, deux paroisses plus loin. La terre, les animaux, les serres, la cabane à sucre... J’ai toujours baigné là-dedans. C’est toute ma vie!

Vous avez mentionné que vous étiez bègue plus jeune. Pourtant, vous êtes si volubile aujourd’hui!

Ça m’arrive encore un peu de bégayer quand je suis fatiguée, mais ça ne m’empêche pas de m’exprimer. À l’école, c’était très gênant. J’en ai parlé à mon père, et il m’a dit: «Quand tu chantes, tu ne bégaies pas. Alors, chante ton exposé!» C’est là que j’ai appris à mettre de l’intonation dans ma voix. C’est resté. Je parle souvent en chantonnant.

Le chant a-t-il eu une place importante dans votre vie?

Avant, oui. Je chantais dans les mariages. Je chantais très bien l’Ave Maria de Gounod. Ça donnait des frissons. Mais à 39 ans, j’ai eu des tumeurs, et les médecins ont dû gratter mes cordes vocales. Depuis, ma voix a baissé. Par temps humide, elle peut encore monter. Il y a des gens qui la trouvent agaçante. Je ne contrôle pas ça.

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En plus de l’horticulture, de vos livres et de vos spectacles, vous avez aussi étudié la massothérapie. Pourquoi?

J’avais très mal au dos. Ça devenait difficile pour moi parce que j’étais paysagiste. Comme je suis curieuse, je voulais comprendre pourquoi. Je me suis donc inscrite en massothérapie et, de fil en aiguille, j’ai commencé à masser. Mais au départ, c’était vraiment pour comprendre la douleur.

En effet, en lisant sur votre parcours, on se dit: «Ça, c’est quelqu’un d’ultracurieux!»

Oui, déjà toute petite, j’étais très curieuse. À l’école, je souffrais d’un déficit d’attention parce que je m’ennuyais. C’était trop lent, trop répétitif. J’en voulais plus, tout le temps.

Et dans cette vie bien remplie, à quel moment trouvez-vous le temps d’écrire vos livres?

La nuit. Je dors peu. J’ai mis du temps avant de savoir à quoi je pourrais occuper mes nuits. Petite, je me battais contre l’insomnie, jusqu’au jour où mon père m’a dit: «Tu dors pas? Va dehors, pour ne pas déranger les autres.» L’été, j’allais marcher. Et c’est là que j’ai commencé à m’intéresser aux étoiles, aux sons de la nuit. J’essayais de comprendre... C’est quoi cet insecte-là? Cet animal-là? La nuit, c’est une autre école.

Votre père semblait avoir un talent pour trouver des solutions à tous vos soucis...

Il ne parlait jamais pour ne rien dire. C’était un conteur, il aimait faire rire, mais ses paroles étaient toujours réfléchies. Et il me laissait cette liberté-là d’aller marcher seule la nuit. On vivait dans un rang, alors, il ne pouvait rien m’arriver. Il savait que le lendemain matin, je serais là.

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Vos capsules d’horticulture ont changé votre vie, un peu à votre insu...

Ah! mon Dieu! Oui! En 2016, j’ai accepté de faire une capsule Facebook juste pour essayer. Une idée de ma belle-fille. Je ne savais même pas c’était quoi, Facebook. Ça ne m’intéressait pas. Je pensais que ça toucherait juste les paroisses du coin... Mais là, c’est parti en fou!

courtoisie
courtoisie

Vous avez trois enfants...

Oui. Christian, Éric et Pierre. Christian a repris la ferme laitière de la famille à Minou. Éric est arboriculteur, et Pierre est infirmier en cardiologie. On est tous dans le vivant, finalement!

Vous avez déjà dit que votre conjoint et vous faisiez un bon duo. Vous dites que vous êtes le gaz et que Minou est le frein...

C’est ça! Juste du gaz, c’est pas bon. Juste du frein non plus. À deux, on avance à un bon rythme. Minou, des fois, il me dit: «Là, Marthe, ça suffit. On va prendre une marche!» Une chance qu’il est là! S’il ne l’était pas, je n’aurais pas fait mon spectacle. Mon couple n'aurait pas tenu. Je me demande toujours comment font ceux qui partent en tournée sans leur partenaire; tu ne vis plus les mêmes choses. Nous, on est toujours ensemble. Minou est mon directeur de tournée. On jase, on rit, on se chicane aussi. C’est ça, une vraie vie de couple.

Et vous travaillez beaucoup avec votre belle-fille, Marie-Christine...

Oui, c’est elle qui a commencé les vidéos! Elle est la femme de mon fils Éric et la maman de ma petite-fille Jeanne. On a beaucoup travaillé ensemble aux serres, parce qu’elle pouvait venir avec Jeanne, qui a des besoins particuliers. Jeanne a le syndrome de Rett, une épilepsie non contrôlable. Les crises peuvent arriver n’importe quand, et on ne sait jamais quand la grosse crise va frapper; celle qui va lui enlever la vie.

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Quel âge a-t-elle maintenant?

Douze ans. Au début, on nous a dit qu'elle aurait une espérance de vie de cinq ans. Mais personne ne peut mettre une date de péremption sur un être humain. Et le jour où elle partira, ce sera parce qu’elle aura accompli ce qu’elle devait faire. Quand je la regarde, je me dis que cette petite fille là a poussé du monde à fonder une organisation pour aider d’autres enfants comme elle. C’est elle, le moteur. Si Jeanne n’était pas là, je n’aurais jamais créé la Fondation Marthe Laverdière. On a monté une fondation officielle, avec une charte, pour répondre aux besoins des enfants de 0 à 16 ans, peu importe leur condition, partout au Québec. Jeanne, elle n’est pas venue pour qu’on pleure, mais pour faire bouger les choses.

Votre grand projet, c’est la Maison Jeanne, une maison de répit pour les familles. Et vous avez dit qu’après ça, vous vous retirerez de la vie publique...

Le jour où je couperai le ruban, tu ne me verras plus. Pas parce que je n’ai pas aimé l’aventure, mais parce que je veux passer du temps avec mes petits-enfants, profiter de Jeanne. Là, je les vois moins, je suis toujours partie avec Minou. Une fois le rêve accompli, je vais faire autre chose.

Combien de petits-enfants avez-vous?

Huit! Ils sont tous différents et tous curieux. Je les regarde grandir et je me dis: «Quelle chance j’ai eue!» Mon couple tient depuis toutes ces années, mes enfants sont heureux et ils ont des enfants extraordinaires. Mes belles-filles sont en or. Qu’est-ce que je pourrais demander de plus? La vie a été bonne pour moi.

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Vous souhaitez ralentir, mais vous préparez quand même votre prochain spectacle...

On s’est vite rendu compte qu’avec un seul show, ce ne serait pas assez pour bâtir une maison. Je me dis que si le deuxième spectacle marche autant, si les gens continuent d’appuyer ma mission, on va y arriver. Avec mes livres et mes conférences en plus, ça va aider. J’ai été entrepreneure, mais j’ai plus de fun à donner qu’à accumuler. Quand on part, on n’emporte rien. Mais ce qu’on a donné, ça, ça reste.

Votre spectacle Marthe Laverdière fait son show! a remporté trois prix au Gala Les Olivier 2025 dans les catégories Meilleur vendeur, Meilleure mise en scène et Meilleure conception visuelle. C’est énorme!

J’étais vraiment touchée, parce que c’est le public qui vote. Le nombre de billets vendus, ça ne ment pas. Je me suis dit: «Wow, ils sont fins!» Je leur dis toujours: «Merci d’être venus me voir.»

PHOTO FOURNIE PAR TVA
PHOTO FOURNIE PAR TVA

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Et vous avez aussi votre émission, Planter avec Marthe, diffusée à TVA depuis 2024...

Oui, à TVA! Et la troisième saison a été annoncée pour le printemps 2026. Il y aura 12 nouveaux épisodes de 30 minutes. J’ai beaucoup de plaisir à faire ça. Les artistes arrivent et acceptent d’être eux-mêmes. On parle de nature, donc on se salit. Et ils embarquent! Personne ne chigne pour une couette décoiffée ou des mains pleines de terre. J’adore ça! On rit, on apprend, on jardine. C’est tout simple... mais tellement le fun!

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