Musique

Pablo Casals

Pablo Casals

Biographie

Avec le temps, on a peu à peu oublié que Pablo Casals fut, des années 1900 aux années 1950, la première star du violoncelle, jusque-là relégué à des fonctions subalternes. C’est après lui qu’ont fleuri des artistes comme Gregor Piatigorsky, Pierre Fournier, János Starker, Mstislav Rostropovitch, Jacqueline du Pré avant les Sol Gabetta et Yo-Yo Ma d’aujourd’hui. Ce n’est pas le répertoire qui a changé mais bien l’appréciation d’un instrument moins sonore et moins brillant qu’un violon ou qu’un piano et qui était plutôt resté le chantre d’une certaine intimité.C’est après avoir tâté de plusieurs instruments que le petit Pablo tombe littéralement amoureux du son du violoncelle à l’âge de 11 ans, en 1887. Le père, organiste, s’oppose à la vocation musicale de son fils pour ne pas en faire un miséreux. C’est à sa mère, une Catalane de Porto Rico, qu’il doit de pouvoir embrasser la carrière de musicien. Enfant prodige, Pau Casals étudie au Conservatoire de Madrid où sa forte personnalité étonne élèves et professeurs.A peine âge de 20 ans, Casals est nommé professeur au Conservatoire de Barcelone et commence à donner des concerts un peu partout et notamment à Paris, où il crée le Concerto en ré mineur d’Edouard Lalo qu’il jouera aussi à Londres. Pablo Casals va libérer le corps des violoncellistes qui jouaient alors d’une manière raide et stricte. Sa posture avec des bras dégagés loin du corps, en assouplissant l’action du bras droit et en corrigeant le placement et la fonction de la main gauche tout en cherchant la position la plus naturelle possible, va permettre un plus grand développement de la sonorité et de l’expression. Il va aussi enrichir le répertoire de l’instrument en jouant (et en enregistrant) pour la première fois les 6 Suites pour violoncelle solo de Bach qui étaient alors à peu près totalement inconnues.Casals a en outre toujours eu une conscience politique militante chevillée au corps. Après la révolution bolchévique de 1917, il jure de ne plus jamais remettre les pieds en Russie, sentant vite que la démocratie y est bafouée. Il fera de même contre son pays natal lorsqu’il soutient publiquement les républicains espagnols contre Franco. Soutenant la Catalogne avec acharnement, il ne reverra plus son pays pendant près de quarante ans. En 1933, il refuse de se rendre en Allemagne dès la prise du pouvoir par le chancelier Hitler. Cet éternel apôtre de la paix finira sa vie à Porto Rico dans le pays de sa mère et de sa jeune femme. C’est là qu’il trouvera la paix et la sérénité, fondant, après celui de Prades, un festival de musique qu’il dirigera pendant dix-huit ans jusqu’à sa mort, à l’âge de 96 ans, en 1973.L’apport de Casals pour l’avènement du violoncelle moderne est décisif. S’intéressant dès le début à l’enregistrement, il grave de nombreux disques comme soliste (Suites de Bach, Concertos de Dvorak et Elgar, Double Concerto de Brahms avec Jacques Thibaud) ou en musique de chambre avec le fameux trio qu’il forme avec Jacques Thibaud et Alfred Cortot. A la fin de sa longue vie, il laisse des témoignages discographiques bouleversants enregistrés au Festival de Prades où il invite les plus grands musiciens de la planète pour jouer à ses côtés, au violoncelle, le Quintette à 2 violoncelles de Schubert ou le 1er Sextuor de Brahms ou comme chef d’orchestre.Il met aussi son talent de compositeur au service de la paix en écrivant un oratorio, El Pesebre (La Crèche), fortement marqué par la Guerre d’Espagne et la Seconde Guerre mondiale, qu’il fera entendre dans le monde entier jusqu’à la Maison Blanche devant la famille Kennedy et les délégués des Nations unies. Cet homme généreux et mondialement adulé était aussi un professeur adoré de ses élèves à travers lesquels il a perpétué son art basé avant tout sur l’expression et un travail technique très exigeant. © François Hudry/QOBUZ