Musique

Lisa Della Casa

Lisa Della Casa

Biographie

Derrière ce nom qui fleure si bon l’Italie se cache une jeune femme née à Burgdorf, charmante petite cité médiévale de l’Emmental, dans le canton de Berne, en Suisse alémanique. Voilà pourquoi cette incomparable Arabella, cette magnifique Maréchale, cette éternelle rivale d’Elisabeth Schwarzkopf, chantait l’allemand avec une telle perfection dans les œuvres de Mozart, Strauss et Wagner qui ont fait sa gloire. Son père, Francesco Roberto Della Casa, était à la fois un ophtalmologue réputé et un metteur en scène qui avait hérité d’un amour immodéré pour l’opéra de son ascendance italienne. C’est en l’accompagnant un jour au théâtre que la jeune fille a la révélation du chant ,qu’elle décide d’apprendre en laissant tomber son projet de devenir infirmière.Après un passage au cinéma dans Le Fusilier Wipf, un film de bidasses tourné en 1938 qui obtint un grand succès, elle étudie le chant à Zurich et fait ses débuts dans le rôle de Madame Butterfly au théâtre de Soleure, en 1941, alors que la guerre fait rage aux frontières. A la fin du conflit, Lisa Della Casa débute à l’Opéra de Vienne et au Festival de Salzbourg. Elle s’impose peu à peu comme une des très grandes interprètes de Mozart et de Richard Strauss, dont elle reste l’interprète idéale d’Arabella. C’est aussi une grande Maréchale du Chevalier à la rose qu’elle chante souvent, en particulier avec Sena Jurinac et Hilde Güden sous la direction d’Herbert von Karajan. Le spectacle doit être filmé, mais, le très influent Walter Legge impose son épouse Elisabeth Schwarzkopf à la production. Très offensée, Lisa Della Casa ne reviendra jamais chanter à Salzbourg.Evoluant dans le même répertoire, les deux cantatrices ne nourrissaient toutefois pas d’animosité l’une envers l’autre et se retrouvèrent sans problème ensemble sur la scène du Met, laissant sur leur faim les amateurs de ragots. Il faut dire que leur art vocal était très différent. Belle et radieuse, Lisa Della Casa chantait avec beaucoup de naturel et sans aucune afféterie. Son répertoire englobait également Puccini (Madame Butterfly, Tosca) et les grands rôles de tendance « wagnérienne » de Strauss : Chrysothemis (Elektra) et Salomé.Très présente sur disque, Lisa Della Casa a enregistré les grands opéras de Mozart à Vienne avec Josef Krips (Don Giovanni), Erich Kleiber (Les Noces de Figaro) et Karl Böhm (Cosi Fan Tutte). On peut la voir, en couleur, dans ce fameux Don Giovanni tourné à Salzbourg sous la direction sépulcrale de Furtwängler aux côtés de Cesare Siepi, le plus grand Don Giovanni de son temps. En 1953, elle réalise à Vienne le premier enregistrement de studio des Vier Letzte Lieder de Richard Strauss sous la direction de Karl Böhm, qui reste une des versions de référence de ce cycle grâce à la souplesse de son timbre. A cette époque, elle vient de recevoir le titre envieux de Kammersängerin de l’Opéra de Vienne où elle chantera plus de 400 fois dans 27 rôles différents.Dès le milieu des années 60, en pleine gloire, Lisa Della Casa se lasse de la scène et espace de plus en plus ses apparitions à Vienne comme au Met, où elle est une grande vedette, se concentrant sur sa famille et sur sa fille malade. En 1973, elle chante sa dernière Arabella à l’Opéra de Vienne, puis annonce l’année suivante la fin de son activité, au grand désespoir de son public. Elle a 55 ans et sa voix est intacte. Elle ne donnera jamais d’explications et refusera dès lors interviews et hommages, comme si elle voulait oublier son étincelante carrière. Retirée dans le château fort qu’elle possède en Suisse avec son mari, elle disparaît en 2012, à l’âge de 93 ans. L’hommage sera unanime car personne n’a oublié la grande interprète qu’elle fut. A cette occasion, le Festival de Salzbourg hissera même un drapeau noir sur le Festspielhaus…© FH/QOBUZ