Musique

Jean Guillou

Jean Guillou

Biographie

Né le 18 avril 1930 à Angers, Jean (Victor Arthur) Guillou est un artiste aux multiples facettes : connu avant tout comme organiste, il est aussi pianiste, compositeur, improvisateur, professeur, organologue et même écrivain. Titulaire de l'orgue de l'église Saint-Serge de sa ville natale dès l'âge de douze ans, il se forme au Conservatoire National de Musique de Paris dans la classe de maîtres prestigieux : Marcel Dupré, Maurice Duruflé et Olivier Messiaen. Il en sort avec plusieurs prix et s'en va enseigner l'orgue et la composition à l'Institut de musique sacrée de Lisbonne où il restera deux ans. Ses récitals l'ayant conduit à Berlin, il s'y installe en 1958 et s'y fixe durant quelques années. Il y composera ses premières oeuvres pour orgue et pour musique de chambre. Puis retour à Paris où il succède à André Marchal aux grandes orgues de l'église Saint-Eustache, en 1963. Concertiste virtuose, il se produit dans le monde entier, non seulement à l'orgue mais aussi au piano, instrument sur lequel il ressuscita la Sonate pour piano de Julius Reubke, un élève de Liszt mort à 24 ans après avoir laissé la Sonate pour orgue, son deuxième chef-d'oeuvre ; deux pages que Jean Guillou fut le seul à avoir enregistrées. De 1970 à 2005, il enseigne au Meisterkursus de Zürich, aux côtés de Geza Anda, Nathan Milstein, Gregor Piatigorsky, Vladimir Spivakov, guidant ainsi plus de 300 jeunes artistes de tous pays. Organologue, il est à l'origine de la conception de nombreux instruments auxquels il a su donner un style XXe siècle, tels ceux de Notre-Dame des Neiges à l'Alpe d'Huez, de l'église Notre-Dame des Grâces au Chant d'Oiseau à Woluwe-Saint-Pierre (Bruxelles), de la Tonhalle à Zurich, du Conservatoire de Naples, de l'Auditorio de Tenerife à Santa Cruz et de l'eglise de S. Antonio dei Portoghesi à Rome (2008). Dans son livre L'orgue, souvenir et avenir (dont il a été tiré quatre éditions depuis 1978), il expose sa démarche visant à promouvoir la construction d'orgues d'une expression plus riche et poétique. Il a par ailleurs livré de nombreux textes sur la musique mais aussi des exégèses littéraires et des poèmes. Plusieurs de ses compositions exploitent ses propres textes : Alice au Pays de l'Orgue pour orgue et récitant, Aube pour 12 voix et orgue, le Poème de la Main pour soprano et orgue, Écho pour choeur et ensemble instrumental. Son oeuvre, qui compte quelque 80 opus, fait l'objet de plusieurs thèses, par Jean-Philippe Hodant (Rhétorique et Dramaturgie musicale dans l'oeuvre de Jean Guillou), Thomas Dahl (sur l'oeuvre concertante), Giampaolo di Rosa (sur l'art de la registration et son rôle structurel), ainsi que de travaux d'analyse par Sylviane Falcinelli. Un livre d'entretiens, réalisé par Jörg Abbing et enrichi de nombreux textes, a été édité en Allemagne (Jean Guillou, Colloques, Dr. J. Butz Musikverlag, 2006). Sa carrière de compositeur se déploie en France comme à l'étranger où sont créés plusieurs de ses ouvrages. En 1971 est donnée la "première" de sa Judith, symphonie pour mezzo-soprano et grand orchestre à la Maison de la Radio à Paris. C'est à Cracovie, en 1965, que l'on exécute son oratorio Le Jugement Dernier, et au Festival de Berlin, dans la Salle de la Philharmonie, son oeuvre pour orgue Pour le Tombeau de Colbert. Parmi ses compositions pour orgue, il faut citer en particulier : la Toccata (op. 9 de 1962), La Chapelle des abîmes (op.26 de 1973), les Scènes d'enfants (op. 28 de 1974), Hypérion ou la Rhétorique du feu (op.45 de 1988) et Regard (op. 77 de 2011). Jean Guillou a aussi écrit de la musique de chambre, de la musique pour orchestre, pour instruments solistes, pour orgue et orchestre : Missa Interrupta, Alice au Pays de l'Orgue, les nombreux Colloques, le Concerto 2000, la Révolte des Orgues pour 8 orgues positifs, un grand orgue, des percussions et un chef, composition qui, après de nombreuses représentations en Europe depuis sa création en 2007, a été jouée dans les grandes Philharmonies de Munich, de Cologne et de Berlin en 2011 et 2012. Son répertoire immense couvre toute la musique organistique, de l'époque classique à nos jours. Ses nombreux enregistrements lui ont valu des distinctions prestigieuses de la critique musicale française et étrangère, notamment le prix "International Performer of the Year" décerné à New-York, le Prix de la Critique à Londres et le Prix de l'Académie Franz Liszt de Budapest. Jean Guillou inaugura aussi en 2002, au Teatro Olimpico de Vicenza et à l'Opéra Royal de Versailles, le double piano-pédalier de l'italien Luigi Borgato (né en 1963). Il s'agit d'un piano beaucoup plus imposant que le piano-pédalier de l'époque romantique, étant constitué de deux pianos à queue superposés, dont le son est plus ample, plus puissant mais aussi plus flûté. Il permet de rejouer les oeuvres que Schumann et Liszt avaient destinées à l'instrument. En juillet 2010, Jean Guillou a refusé la Légion d'honneur. Il décède le 26 janvier 2019 à l'âge de 88 ans.