Musique

Jean Ferrat

Jean Ferrat

Biographie

Auteur, poète, compositeur et chanteur à compter parmi les quelque très grands de la chanson française, Jean Ferrat a écrit plus de 200 titres qui lui vaudront un large succès populaire malgré ses périodes d'isolement et sa retraite prématurée de la scène à 42 ans. Artiste très engagé politiquement et philosophiquement, fidèle à l'idéologie communiste jusqu'à la fin de sa vie sans toutefois devenir membre du parti (il s'en explique dans sa chanson Les Cerisiers), il exprimera dans ses chansons, en toute liberté et sans détour, sa façon de penser qui se heurtera à la censure de la radio et de la télévision, n'hésitant pas à se déclarer partisan de Fidel Castro (Cuba si), à s'opposer à l'orientation pro-soviétique du parti communiste français en 1979 (Le bilan) et à l'invasion russe de Prague en 1968 (Camarade) ou encore à fustiger le monde capitaliste (La jungle). Qu'elles soient sentimentales ou engagées, ses chansons à texte, d'une écriture remarquable, révèlent un poète de l'amour et de la fraternité. N'ayant jamais dérogé à ses convictions profondes, Jean Ferrat n'a donc rien concédé qui puisse écorner son intégrité. Resté à l'écart du monde du show-business dont il critiquait la gloire facile, il a vécu à Antraigues-sur-Volane dans l'Ardèche durant près de quarante ans jusqu'à sa mort le 13 mars 2010 à l'âge de 79 ans, des suites d'un cancer. Né le 26 décembre 1930 à Vaucresson (Hauts-de-Seine), Jean Ferrat (de son vrai nom Jean Tenenbaum) est né d'un père joaillier juif, émigré de Russie, et d'une mère originaire du Puy-de-Dôme, qui aiment tous deux la musique et le chant. Il grandit à Vaucresson puis à Versailles, entouré de ses deux frères et soeur aînés. En 1942, son père est séquestré à Drancy puis déporté par les nazis à Auschwitz où il meurt. Jean Ferrat et sa famille sont d'abord cachés par des militants communistes puis se réfugient en zone libre à Font-Romeu. Revenu en région parisienne, Jean Ferrat entre au lycée Jules Ferry (place de Clichy). Dans l'obligation de travailler pour subvenir aux besoins de la famille, il arrête les études secondaires après la classe de seconde et se fait embaucher comme aide-chimiste sans avoir de formation. Pour progresser dans cette voie, il suit des cours du soir puis entre au Conservatoire national des arts et métiers pour devenir ingénieur-chimiste. Mais s'intéressant parallèlement au théâtre (il prend même des cours) et à l'écriture musicale, il rejoint en 1950 une troupe de comédiens, commence à jouer de la guitare dans un orchestre de jazz et à composer des chansons (sous le pseudonyme de Jean Laroche). Il chante Prévert et Montand. Se produit bientôt ce qu'il devait arriver : en 1954, Ferrat tourne le dos à la chimie et met le cap sur la musique et les cabarets de la Rive droite où ses premières tentatives ne seront pas concluantes. En mettant en musique Les yeux d'Elsa (1955), un poème de Louis Aragon (plume qu'il affectionne particulièrement), Jean Ferrat révèle son talent de mélodiste et décroche enfin son premier succès à travers André Claveau, chanteur alors très populaire qui en est l'interprète. Un bon coup de pouce pour Ferrat qui se produit en 1957 à La Colombe en première partie de Guy Béart. Après être ensuite passé dans des cabarets de la Rive gauche, il enregistre en 1958 chez Vogue son premier 45 tours qui n'a aucun retentissement. En 1959, le producteur Gérard Meys (qui deviendra un ami) relance sa carrière avec un second 45 tours, Ma Môme qui sort chez Decca en 1960 et un troisième en 1961 (sous la signature Frank Noël, avant d'opter bientôt pour Jean Ferrat en allusion à la ville Saint-Jean-Cap-Ferrat). Suit son premier album 33 tours (25 cm), Deux enfants au soleil (chanson écrite pour Isabelle Aubret rencontrée en 1962) réunissant Ma môme, Regarde-toi Paname, J'entends, Ma fille, Paris-Gavroche, Ta chanson, Napoléon IV, L'éloge du célibat, Federico Garcia Lorca, qui reçoit le Prix de la Sacem. Dans la foulée, il rencontre Zizi Jeanmaire à qui il écrit deux chansons, Eh, l'amour et Mon bonhomme. Zizi lui propose d'assurer la première partie de son spectacle à L'Alhambra ; malgré six mois sur la scène du célèbre music-hall, Jean Ferrat n'arrive pas à vraiment conquérir son public. Il faudra attendre son second album sorti en 1963 chez Barclay, Nuit et brouillard (chanson qui évoque la déportation) pour lequel il recevra le Grand Prix du disque de l'Académie Charles Cros, suivi en 1964 de La montagne (en hommage à l'Ardèche) et de la chanson d'amour sur un poème d'Aragon Que serais-je sans toi, pour que Jean Ferrat s'impose vraiment. Au début des années 1970, Aragon apportera encore à Jean Ferrat un immense succès avec Aimer à perdre la raison et l'album Ferrat chante Aragon. Mais en 1972, il fait ses adieux à la scène. En 1975, il publie encore un nouvel album, La femme est l'avenir de l'homme. À la faveur du rachat de Barclay par Polygram, Jean Ferrat décide de réenregistrer sous son propre label Temey la majorité de ses titres dont il charge Alain Goraguer de réaliser tous les arrangements. Une somme de travail considérable qui lui attire une renommée grandissante et lui vaut une pluie de récompenses à sa sortie en 1980. Marié depuis 1961 à la jeune chanteuse Christine Sèvres, avec laquelle il chantera en 1969 un seul duo, La matinée, Jean Ferrat est terrassé par sa disparition en novembre 1981 à l'âge de cinquante ans. Quatre ans plus tard, cette absence lui inspirera une chanson profondément désespérée, Je ne suis qu'un cri. Jean Ferrat s'est remarié en 1992 avec Colette, une sportive, professeur d'éducation physique, qui a inauguré à Antraigues en mars 2013 la maison Jean Ferrat qu'elle a créée sur l'idée qui était venue à Jean Ferrat et Gérard Meys il y a quinze ans d'ouvrir un lieu de création pour les amoureux de la chanson française : un lieu simple qui lui ressemble, dit-elle. © Qobuz 06/2013