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James Brown

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Les wagons du Nite Train enfilent les pseudos comme on enfile les perles d'un collier d'ébène : Mister Dynamyte, The Hardest Working Man In Show Business, Soul Brother Number One, The Godfather Of Soul. James Brown est tout ça à la fois. Beaucoup pour un seul homme qui surfa sur plusieurs décennies, sur plusieurs publics, sur plusieurs Amériques. Surtout, James Brown est sans cesse proche des préoccupations de monsieur tout le monde alors que Ray Charles s'éloigne de la soul et que Sam Cooke commence à être booké à Las Vegas. Le James Brown funk c'est le James Brown qui ne se contente pas du langage R&B et surtout soul des 60's. La soul, ce médium positif, qui n'a pas coupé le cordon avec le gospel, et tente d'allier sophistication des arrangements et pop music (au vrai sens de musique populaire). Leurs génies même ne lui suffisent pas. Et contrairement à un Nat King Cole, James n'aspire pas à rentrer dans une case façonnée par les Blancs. Il sait très bien qu'à son apogée, LeRoi Jones écrira « James Brown est notre poète noir n°1 ». Mais avant de porter une telle armure, James Brown ne pouvait échapper au conte de fée que la bannière étoilée aime raconter à ses enfants les soirs d'hiver près de la cheminée. Ces histoires improbables d'un moins que rien langé dans les eaux anthracites des caniveaux des bleds pouilleux du sud de l'Amérique, qui se termine sur des affiches placardées en lettres de feu dans les plus grandes salles de concerts du territoire et du reste du monde. Qu'il soit né le 3 mai 1928 ou 1933 à Barnwell, un trou de Caroline du Sud à 75 kilomètres à l'est d'Augusta, une chose est certaine : la misère dans laquelle James Brown naquit était belle et bien noire. La cavalcade des banalités qui constitua sa jeunesse semblait elle aussi sans issus: éducation dans le caniveau ou au boxon (sa mère est la tenancière du palais en question), petits boulots au potentiel limité (cireur de pompes, laveur de voiture, ouvrier de champs de coton) pour finir entre 1949 et 1952 par un séjour en prison. Libéré sur parole James fréquente la famille d'un certain Bobby Byrd dans une chorale gospel. D'entrée, les facultés du jeune homme à dompter un groupe, une scène et un public ne font aucun doute. L'heure est aux formations de reprises (5 Royales, Midnighters, Spaniels, Clovers) où James Brown se prenait déjà pour Roy Brown l'homme de Good Rockin' Tonight, vénérant également Louis Jordan et Wynonie Harris. Bobby Byrd avouera plus tard que James est déjà LA star de ces combos anonymes. Les choses s'accélèrent et la formation devient les Flames. En 1955, elle ouvre pour la tournée de Little Richards. James se transforme progressivement en homme caoutchouc, hallucinant show man, hurleur et pois sauteur. Son imitation de l'homme de Tutti Frutty fait déjà fureur dans la région. Signé en janvier 1956 sur le label King Records, (plus précisément sur sa division Federal Records) c'est Please Please Please, vieux blues jusqu'ici immortalisé par la version des Orioles (Baby Please Don't Go) qui décroche une cinquième place dans les charts R&B. Mais la poignée de singles qui suit ne lui permettra pas encore de décrocher la lune mais au moins de placer son nom. La même année, il rencontre Joe Tex, une autre figure de l'écurie King à qui il piquera le fameux truc du pied de micro jetté au sol et rattrapé d'un coup de poigné. En avril 57, les Flames ont beau se séparer, James Brown sent que l'explosion est imminente. En 58, avec Try Me (enregistré avec un certain Kenny Burrell à la guitare), les affaires prennent une autre tournure, le single plafonnant à la première place des charts R&B mais surtout faisant une entrée à la quarante-huitième place des charts pop. Une parenthèse concernant ces charts : le système du classement des ventes de disques outre-Atlantique est un indice primordial dans l'histoire de la musique populaire. L'Amérique classe en effet ses disques en plusieurs catégories qu'il est aisé de schématiser pour ce qui nous concerne en charts R&B (public noir) et charts pop (public blanc). Aussi, les classements seront toujours les indicateurs fiables de la percée d'un artiste auprès d'une communauté. Grâce à leur premier succès, James et Bobby peuvent enfin tourner avec leur propre groupe. Les Flammes (Flames) sont désormais Célèbres (Famous). Mais James n'a pas encore le droit de foutre le feu comme il l'entend, Syd Nathan, patron de King Records, ne l'autorisant pas à enregistrer avec les musiciens de son choix. Sans prévenir son tyran de boss, il embarque sa troupe à Miami pour mettre en boite SA version de « (Do The) Mashed Potatoes » qui sort en 1960 sur le microscopique label Dade sous le nom de Nat Kendrick (le batteur de James) & The Swans. Tout est déjà là ou presque : les cris de bête, les rythmes syncopés, la section rythmique qui soutient tout l'édifice, la structure justement sans structure d'un thème sans fin. Ce succès ne motive pourtant pas Nathan a sortir l'enregistrement d'octobre 62 du show de l'Apollo Theater d'Harlem de son poulain. Ce n'est qu'après le succès de Prisoner Of Love dans les charts pop que le désormais live de légende sort enfin. Second des charts pop, ce disque est un ovni, entre le son formaté pour la jeunesse américaine de l'écurie Motown et la soul sudiste. James Brown est sauvage comme le Little Richards de Tutti Fruty, le Twist & Shout des Isley Brothers ou le Do You Love Me des Contours. Bête de concert jonglant avec des effets en tous genres, ce James Brown est inégalable lorsqu'il s'empare d'une scène. Transes, cris, chutes, sauts et grands écarts, côté gymnastique. Costumes de milord, cape en soie et lâché de peignoir en éponge, côté chiffon. Le succès prend alors une telle ampleur qu'on peut parler de machine : fringues, séances d'autographes, tournées marathon, James Brown devient l'idole d'une nouvelle génération. Parallèlement à ce succès d'apparence, James ne délaisse jamais l'artistique. Il s'intéresse de plus en plus à ses créations, conscient de son potentiel et de l'attention qui lui est porté. Il ouvre également les yeux sur ce qui se passe autour de lui, lorsque les portes des théâtres où il se produit se referment. Il sait que le 28 août 1963, les Noirs marchent à Washington, et que de l'autre côté du pays, à Oakland, les Black Panthers se forment. Il sait surtout qu'il est noir, que son public est majoritairement noir et sa musique se fait rare sur les radios blanches. Avec le Live At The Apollo, les choses changent légèrement : l'album entre dans les charts pop en juin 63 pour y rester 14 mois ! Parallèlement à tout ce bouillonnement musical, les relations entre James et King sont plus que conflictuelles. À l'automne 1963, le chanteur crée sa propre compagnie, Fair Deal Productions, et livre ses singles à Smash Records, une division de l'écurie Mercury. Il est alors la tête d'affiche d'une tournée pourtant estampillée Motown avec Marvin Gaye, les Drifters, Martha And The Vandellas, Jimmy Reed, Inez Foxx, les Crystals, Doris Troy, Ruby & The Romantics et Major Lance. Musicalement, le travail de James change l'année suivante avec l'arrivée du saxophoniste Nat Jones à la direction musicale et des frères Parker, Maceo au saxophone et Melvin à la batterie. De légères mutations vont commencer à transformer le son James Brown. Comme cet ailleurs visé par un Maceo impérial sur Out Of Sight : les rythmes s'entrelacent et les riffs de cuivres imposent leurs différences. La guitare de Jimmy « Chank » Nolen, travaillant son canevas sur une note simple, sera elle aussi une signature, cristalline et aiguë à souhait. La Gibson de Nolen brillera pour la première fois sur Papa's Got A Brand New Bag, avant d'influencer d'autres diplômés es-funk comme Catfish Collins (le frère de Bootsy), Nile Rodgers de Chic et Prince. Papa's Got A Brand New Bag justement. L'année 65 commence par ce chef d'ouvre où le motif funk s'affine. Tout est dans le rythme joué par la guitare, les cuivres, la batterie et la voix de James. La structure traditionnelle de la chanson est pulvérisée ! La basse fait office de batterie. Chaque instrument est une ponctuation à part entière. Un coup de poing de saxo par-ci, une beigne de batterie par là, et le riff syncopé de Jimmy Nolen en guise de cerise sur le gâteau. Le sac de papa est vraiment neuf ! Un sommet qui s'accompagne d'un essentiel tournant juridique pour James : King Records perd son procès. Et le train jaaaaaaaaaaaaaames brownien d'embarquer de nouveaux passagers. Le trompettiste Waymon Reed, le saxophoniste Pee Wee Elis, le guitariste Alphonso « Country » Kellum et les batteurs John « Jabo » Starks et Clyde Stubblefield. Les batteurs de James, un roman à eux seuls ! En studio ou sur les routes, James ne sort jamais sans s'armer lourdement de cette colonne vertébrale essentielle à sa musique. Un, deux ou trois, les rôles sont clairement définis et dépassent les compétences requises pour le poste. À cet égard, Alan Leeds est intarissable sur les prestations live du Godfather et ses codes. Ancien DJ à WANT, la station de radio phare de Richmond, Leeds rencontre James en juillet 1965, devient son agent en 1969 et son tour manager entre 1970 et 1973. « Chaque geste sur scène était une consigne. La main comme ceci égale tel changement de rythme. Le mouvement de jambe comme cela impliquait un rimshot ou un kick. Marque le tempo ici ! Casse le rythme là ! Et si le musicien foirait, James l'alignait en lui collant une véritable amende sur son cachet ! » Pour Fred Wesley le message est clair : « Règle n°1 pour bosser avec James Brown : regarder James Brown ! » La fin des années 60 éloigne à grand pas l'optimisme porté par la soul music. La Motown avait su créer, façonner et sculpter la musique de cette Amérique sixties souriante où il est de bon ton de chanter des love songs en boucle. Le public noir est rassasié de cette vision idyllique à laquelle il ne croit plus une seule seconde et réclame un son nouveau, plus agressif, plus rythmique. Des notes en phase avec la nouvelle réalité sociale. Une musique noire pour un public noir ! James Brown va lui apporter cette bombe funk tant désirée. Surtout que pour les extrémistes, James fréquente trop l'homme blanc. Le public noir s'en tape ! Certes James is black and he's proud mais la verroterie des Black Panthers ne l'intéresse que modérément. Ses prises de positions, ses rencontres lui suffisent pour faire passer un message. Le sien. Il sert des mains blanches, mangent à la table de ces mêmes mains (il est invité à la Maison Blanche le 8 mai 1968 par le président Johnson) mais ne sera jamais l'Oncle Tom de service. L'énigme et la force du bonhomme résident également là, dans cette indépendance qui le fait gagner sur les deux tableaux : ni Panther, ni Oncle Tom ! Une autonomie possible grâce au succès et à la richesse du Godfather. Maison de disque, chaîne de restos (James Brown's Gold Platter), stations de radio (deux en 1968 : WJBE à Knoxville dans le Tennessee, et WRDW à Augusta en Georgie), James Brown est une entreprise à lui seul et il ne cache pas ce capitalisme de façade. Au contraire. Fierté noire, être un exemple, pousser les autres noirs à en faire autant. Il est une voix, une entreprise, un modèle. Son aura est telle que le soir de la mort de Martin Luther King, le 4 avril 1968, il retransmet en direct sur WGBH, station de radio dont il est propriétaire, son concert du Boston Garden, histoire d'apaiser les esprits encore sous le choc de l'assassinat. Quelques mois plus tard, Thomas Barry écrira même dans Look Magazine la célèbre phrase: « James Brown est-il le noir le plus important d'Amérique ? » Retour à cette bombe funk, transe tant désirée. Elle arrive en mai 1967 avec Cold Sweat qui révolutionne les fondations rythmiques de la soul. Les cuivres qui jouaient jusqu'ici la mélodie, servent maintenant à accentuer le beat. Ces cuivres de Cold Sweat sont ses chours ! On peut carrément les entendre chanter Cold Sweat. Les changements d'accords se cherchent à la loupe. Les instruments se renvoient la balle, d'où l'envie de danser, d'entrer dans ce flot rythmique. Cold Sweat fut l'un des premiers projets sur lequel Pee Wee Elis travailla en tant qu'arrangeur. C'est aussi le lieu où Clyde Stubblefield placera son druming magique sur sa grosse Vox. La plupart des idées des chansons de James Brown ne naissait guère en studio mais principalement dans le bus des tournées. Le funk, c'est aussi cette musique de groupe, cette jam qui ne peut être l'ouvre d'un seul homme. Une jam extensible. Extensible comme Cold Sweat. Fini les bons vieux singles à papa ! Cet été 67, tout le monde veut s'offrir la version intégrale de 7 minutes seulement disponible sur l'album. Pulsation précise et simple entremêlé d'un rythme syncopé, invitation à la danse : le public plonge corps et âmes dans l'orgie de groove, les critiques boudent ce beat trop répétitif à leur goût. « Lorsqu'on évoque James Brown et sa musique, explique Alan Leeds, on parle inévitablement de batterie. Comme tous les grands compositeurs black, tout est d'abord construit autour du rythme. James attirait et était attiré par de grands batteurs tout au long de sa carrière. Et lorsqu'il en cherchait un nouveau, il ne demandait jamais à celui-ci de copier le style de son prédécesseur. James préférait faire évoluer son propre style vers celui de ce nouveau batteur. Il adorait le challenge qu'un nouveau batteur lui apportait musicalement. C'était un moyen pour lui de conserver une certaine fraîcheur à sa musique. Et puis James chantait comme un batteur. Il faisait de la batterie avec son larynx. » À cette époque, James Brown commence à réagir d'avantage comme un musicien que comme un chanteur. Cette synergie entre lui et ses musiciens donnera naissance au funk moderne. A partir de Cold Sweat, il s'empare du concept de groove. La polyrythmie est son nouveau cheval de bataille. Et le premier temps, le fameux One, devient le cour du funk. La règle est gravée en lettres d'or : le temps fort c'est le 1 dans 1, 2, 3, 4. Point final. La musique et les événements politiques sont indissociables. L'hymne Say It Loud - I'm Black And I'm Proud ne pouvait naitre qu'en 1968, l'année de la mort du docteur King. L'année même où le conflit vietnamien prend une nouvelle dimension. Un inéluctableprolongement des émeutes de Watts d'avril 65. Aux quatre coins des États-Unis, le funk prend de l'ampleur et James Brown ne joue pas seul dans son bac à sable. Chez Motown, bien que l'on se soit réveillé un peu tard, on mise tout sur le canasson Norman Whitfield. Sur la côte ouest, les neurones encore cramés par le psychédélisme baba, on savoure les nouvelles expériences du jeune Sly Stone et de sa famille colorée. Et puis les vieux papes du doo-wop et surtout de la soul tiennent aussi à prendre le métro funk, du moins le temps de quelques stations : les Isley Brothers nouvelle mouture, Curtis Mayfield, Isaac Hayes, Marvin Gaye et quelques autres vétérans de la soul et du R&B se pencheront chacun à leur manière sur cette drogue baptisée groove. A la fin de 1969, le Godfather s'éclipse au détriment du Dictator. S'il a toujours tenu son business avec une main de fer, le despotisme de James Brown est devenu tel que les dissensions avec ses musiciens ont atteint des sommets. La légende a conservé le fameux ultimatum de mars 1970 posé à James par ses musiciens lassés des tournées marathon et des payes chaotiques. James Brown ne se lance même pas dans l'embryon d'un ricanement et envoie Bobby Byrd dans son jet noir (un Lear de plus 700.000 dollars) à la pêche au sang neuf. C'est de Cincinnati que débarquent alors des membres des obscures Pacesetters : le bassiste Bootsy Collins, son frère le guitariste Phelps « Catfish » à la guitare et le clavier Bernie Worrell. Maceo et Melvin Parker, Jimmy Nolen, « Country » Kellum et trois autres musiciens démissionnent ! Seuls le fidèle Bobby Byrd, la choriste Vicki Anderson et « Jabo » Starcks restent avec leur bon maître. Le 25 avril 1970, tout ce beau monde entre en studio sous le nom des J.B.'s. L'ancien groupe, c'était la section cuivre, celui-ci sera la section rythmique. En un an, le testament de James Brown s'alonge de Sex Machine, Super Bad, Talkin' Loud & Sayin' Nothing, Get Up, Get Into It And Get Involved et Soul Power. La recette du nouveau combo de James Brown consiste souvent à relooker de vieux titres. Give It Up Or Turnit A Loose deviendra ainsi le fameux Sex Machine. Écrasé par la personnalité de son frère Bootsy, Catfish fait dialoguer comme personne sa guitare avec les cuivres. Un dialogue rythme contre rythme. Car tout est rythmique dans Sex Machine : la section rythmique, les cuivres, la voix, la guitare, les claviers, les chours, les cris, tout ! Le concept de la chanson avec intro, couplet, refrain est une fois de plus anéanti. Mais qui sont ces frangins Collins ? Deux fans de James Brown et des musiciens qui l'entourent. Le dilemme est donc énorme pour ces jeunes recrues àqui James offre la place de leurs idoles. Mais l'occasion d'intégrer aussi rapidement le groupe de leur dieu vivant motive le bassiste et le guitariste de Cincinnati. Mais si Bootsy et son frère ont besoin de James Brown, celui-ci sait rapidement qu'ils lui apporteront au moins autant. Bootsy va ainsi livrer sur un plateau d'argent sa nouvelle conception de l'instrument. Véritable nouvelle attraction des J.B.'s, ce grand échalas est synonyme de vitalité. Naïveté de sa jeunesse et idées neuves, Bootsy déteint très vite sur tout le groupe. Misant tout sur le rythme, l'énergie, l'agressivité et sa recrue, James trouve immédiatement un nouveau public, plus jeune, que ses faces pour King Records n'excitaient qu'homéopathiquement. Il sait surtout qu'il vient de trouver le ticket idéal pour faire un nouveau tour de manège. D'ailleurs, il ne traite pas ses bleus bites comme sa vieille garde. Fini les prunes à gogo pour un riff raté. Le rêve juvénile ne durera pourtant qu'un an. Basant tout sur sa rythmique, James délaisse sa section cuivres qui perd en puissance et en inventivité. La vieille garde, pas rancunière pour deux sous fait son come-back : St Clair Pinckney, Clyde Stubblefield et Fred Wesley rentrent au bercail. Les jeunes, lassés après quelques mois seulement passés au royaume du Godfather, matent ailleurs. Ce passage éclair des frères Collins s'achèvera par une tournée européenne début 71. Rare trace de cette bourrasque, un mythique album enregistré à Paris à l'Olympia le 8 mars : Love, Power, Peace. De retour aux Etats-Unis, Bootsy et Catfish quittent James. Prochaine destination : l'espace, à bord du vaisseau piloté par un certain George Clinton. Peu soucieux de ce départ, James Brown a retenu la leçon de groove. Ses nouveaux J.B.'s désormais dirigés par le trombone furieux de Fred Wesley vont aligner les tueries funk les plus essentielles. Escapism, I Know You Got Soul, l'album Hot Pants. Le 1er juillet 1971, James signe sur Polydor et poursuit ses introspections funky. « Hot Pants », « Make It Funky », « Revolution Of The Mind - Live At The Apollo, Vol.III (nouveau live dans la mythique sale d'Harlem en juillet 1971), There It Is et Get On The Good Foot. Parallèlement à ces activités, il s'occupe de son label People et propulse ses proches sur le devant de la scène : Lyn Collins, Bobby Byrd, Maceo Parkeret Fred Wesley enregistrent chacun leur tour des albums dans la veine pure et dure imposée par leur maître. Les J.B.'s aussi. Jusqu'au 4 juillet 1975 quand Maceo jettera l'éponge, ces J.B.'s incarneront LE funk dans toute sa splendeur. The Grunt (Part 1 & 2), Doing It To Death, Blessed Blackness, Pass The Peas, Gimme Some More, leurs instrumentaux définissent l'essence même de ce funk. Bref, y-a-t'il plus funk que ces enregistrements de 1971-1972 arrangé par Fred Wesley ? En juin 73, James Brown a beau perdre son fils Teddy dans un accident de voiture, la cadence de sa production ne ralentit pas. Même la qualité suit comme sur les deux bandes originales qu'il signe en 1973 avec Fred Wesley : Black Caesar et Slaughter's Big Rip-Off. 1974 sera l'année du mythologique et archi-samplé The Payback et d'un double album Hell. Les albums (et non les singles) de James se vendent enfin même si pour certains le Godfather commence à radoter. A la rentrée 74, le Zaïre accueille le combat de boxe de l'année entre George Foreman et Muhammad Ali. En ouverture, les organisateurs ont emmené dans leurs valises B.B. King, les Staple Singers, les Spinners, Miriam Makeba, Hugh Masekela et James Brown (épisode astucieusement narré dans le film When We Were Kings) . King Heroin, Public Enemy #1, I Got A Bag Of My Own, James Brown contrôle tout : les revendications et la conscience de la communauté afro-américaine, l'analyse du climat social, le groove roi, chacune de ses chanson tourne autour des mêmes valeurs qu'ils assemblent dans toutes combinaisons possibles. Mais à partir de 1975, le déclin du Soul Brother Number One ne fait plus trop de doute. Des requins de studio (David Sanborn, Billy Cobbham et Joe Farrell dans le meilleur des cas) viennent à la rescousse d'un James Brown ayant épuisé toutes les formules funk possibles et imaginables. A plus de quarante ans, le Godfather est surtout dépassé par ceux qui modernisent ses tables de la loi funk : la folie clintonienne, et les super-productions d'Earth Wind & Fire, Kool & The Gang et autres étoiles montantes du funk-disco relèguent progressivement le show de James à l'arrière plan. Titubant entre les délires de la galaxie P-Funk et ce disco, gangrené par des problèmes d'argent tant avec sa maison de disque qu'avec le fisc américain, James Brown n'est quasiment plus médiatisé. Ses enregistrements n'intéressent plus personne et ses tournées ne peuvent rivaliser avec celles de Parliament et Funkadelic qui remplissent les stades. Il passe même au Japon en 1979, signe d'un dépôt de bilan proche. En 1980, c'est un James Brown marqué qui fait son apparition dans le film de John Landis, The Blues Brothers. Heureusement grâce au hip-hop naissant, les jeunes générations redécouvrent le Godfather grâce aux montagnes de samples entendues chez Public Enemy, Eric B. & Rakim, Big Daddy Kane, Kool Moe Dee, LL Cool J et bien d'autres rappeurs de l'époque. En 1984, James enregistre même avec Afrika Bambaataa, le duo Unity. Coup de théâtre en 1985, avec l'affligeant single « Living In America », enregistré pour la B.O. du navet Rocky IV ! Coup de théâtre car ce single sera la meilleure vente de James Brown depuis Say It Loud. Espérant surfer sur ce succès innatendu, le Godfather retrourne en studio d'où sortiront de faibles voire affligeants albums : Gravity (1986), I'm Real (1988), Love Overdue (1991), Universal James (1992), etc. Entre la fin des années 80 et le milieu des années 90, Mister Dynamite n'est plus qu'un pétard mouillé, faisant la une des tabloïds à plusieurs reprises pour de sombres histoires de drogue, détention d'armes et pétages de plomb divers. En 2005, il chante avec les Black Eyed Peas sur They Don't Want Music extrait de leur album Monkey Business. Le jour de Noël de l'année suivante, James Brown meurt à l'âge de 73 ans, d'une insuffisance cardiaque, causée par une complication liée à une pneumonie. Evidemment, les sombres années de la fin de sa vie ne ternisse en rien le génie qu'il fut et qui iradia la musique populaire de l'après-guerre. © Marc Zisman