Musique

Jacques Brel

Jacques Brel

Biographie

Comment parler de Jacques Brel si ce n'est sous le signe de la fulgurance ? Celle de ce jeune Belge débarqué à Paris en 1953 et qui va révolutionner le monde de la chanson française et quitter la scène après seulement treize ans de tournées pour nous quitter définitivement, très vite après quelques films magnifiques et quelques échecs cuisants ; celle de cet auteur à la plume acérée, au lyrisme infini, aux mélodies magnifiques, aux portraits d'une acuité renversante ; celle de cet acteur dans la vie comme sur scène ou au cinéma, qui va nouer bien des gorges devant tant d'émotion. De Bruxelles à Amsterdam, du Moribond aux Bonbons, de Madeleine à Mathilde, de Quand on a que l'amour à Ne me quitte pas, de La valse à mille temps à La Fanette, du Plat pays aux Bigotes, des Vieux aux Fenêtres, des Risques du métier à Don Quichotte, de l'Olympia aux Marquises, le grand Jacques aura su nous trimballer dans son univers souvent désespéré, douloureusement poétique. De Jacques Brel nous retenons les mots d'une précision diabolique, les images infiniment poétiques, les interprétations magistrales portées par ce corps dégingandé, ces bras trop longs, ce visage émacié, ces yeux malicieux, ce sourire aux dents de cheval. Pour la chanson, Jacques Brel a renoncé à la sécurité et au confort pour faire l'apprentissage du dénuement. Cette plongée vers l'inconnu, Brel l'a acceptée avant de la subir. Considéré comme l'un des plus grands auteurs-compositeurs-interprètes francophones, Brel laisse une oeuvre éternelle dont le succès déborde la francophonie. Ses chansons seront reprises aux Etats-Unis comme en Angleterre, par Nina Simone, David Bowie, Scott Walker, Marc Almond, Terry Jacks, Alex Harvey, etc. Mort Shuman donnera un spectacle aux USA intitulé Jacques Brel is alive and well and living in Paris en 1968. Ce spectacle sera adapté pour le cinéma en 1974. Né le 8 avril 1929 en plein Brabant, les premières années de la vie de Jacques Brel sont de celles qu'on dit sans histoire, entre collège catholique et scoutisme. Adolescent, il s'essaie à la poésie et au théâtre, crée une troupe à l'âge de seize ans. Il intègre, sous l'impulsion de son père, le service commercial de la cartonnerie familiale (Vanneste & Brel). Il ne rêve que de chansons et de musique, lui l'autodidacte, amateur de Ravel et de Schubert. Il va très vite composer, au piano ou à la guitare et se produire dans les petits cabarets de l'îlot sacré de Bruxelles. Sa famille tente de le dissuader, alors qu'il est le jeune père de Chantal née en 1951 de son mariage l'année précédente avec Miche (Thérèse Michielsen). Bien qu'on lui reproche un côté trop « scout », trop « catho bon teint » (Georges Brassens le surnommera plus tard « L'abbé Brel »), il s'acharne et propose bien vite ses textes à Jacques Canetti, découvreur de talents chez Philips et propriétaire du célèbre cabaret parisien Les Trois Baudets. À la demande de ce dernier, Jacques Brel s'installe à Paris en 1953, courant le cachet tout en donnant quelques cours de guitare. Son premier Olympia, c'est en tant qu'artiste de première partie, en levée de rideau (moment où les spectateurs entrent dans la salle et s'installent à leur place). Les conditions de travail sont difficiles, il n'a pas de loge, se change derrière le bar. Mais Bruno Coquatrix à l'oeil, et l'oreille, et lui donne rendez-vous pour bientôt. Brel continue malgré la précarité qu'entraine la vie d'artiste. Jacques Canetti croit en lui, le programme en « vedette américaine » de Philippe Clay, Dario Moreno et Catherine Sauvage. En 1955, il fait venir sa femme et ses deux fillettes dont la seconde s'appellera justement «France» pour l'amour et l'espoir qu'il met dans ce pays. Cette même année, il sort son premier 33 tours et rencontre celui qui deviendra son régisseur et son meilleur ami, Georges Pasquier, auquel, en 1978, il dédira la chanson « Jojo » (album «Les Marquises). 1957 est une année décisive pour le chanteur ; c'est l'année de son premier succès public Quand on a que l'amour ; c'est aussi l'année où il rencontrera celui qui sera son pianiste accompagnateur favori et le compositeur de 35 de ses chansons : Gérard Jouannest. Avec François Rauber, génial arrangeur (et pianiste de Brel avant Jouannest), il a trouvé la combinaison magique, deux hommes clé de son univers et qui, de Philips à Barclay, lui seront fidèles jusqu'à la mort et même au-delà, puisqu'ils s'opposeront, en vain, à la publication de cinq inédits en 2008 qu'ils avaient tous jugés inaboutis au moment de l'enregistrement. Le « Grand Prix de l'Académie Charles Cros » salue ce second 33 tours. Le succès est désormais au rendez-vous. C'est l'époque de ses tournées sans répit au cours desquelles Jacques ne chante pas plus de 12 chansons par récital, et sans rappels qu'il juge démagogique. Jacques Brel est connu pour être un grand traqueur et vomit avant chaque représentation. En 1958 naît sa troisième fille, Isabelle, à laquelle il dédiera l'une de ses très grandes chansons, Isabelle. L'année suivante, en tête d'affiche à Bobino, il crée Ne me quitte pas et La valse à mille temps. Son amitié avec Eddy Barclay lui fera quitter sa maison de disques (Philips) en 1962 pour celle de son ami avec lequel il signera un contrat moral de trente ans. Cette année-là, il crée Le plat pays en hommage à son pays d'origine, la Belgique, qu'il revendique fièrement, et fonde, avec sa femme pour la diriger, une maison d'éditions musicales « Arlequin » qui deviendra très vite « Pourchenel ». La mort de ses parents l'affecte beaucoup. Pour eux, il écrira Les vieux . À la surprise générale, Jacques Brel annonce qu'il souhaite arrêter la scène. Il n'a que trente sept ans, en 1966, quand il fait ses adieux à l'Olympia. Cette année-là, il sort Ces gens là, 33 tours qui inclut La chanson de Jackie, Mathilde, Le tango funèbre, Fernand..., et se tourne vers le cinéma en tant qu'acteur puis en tant que réalisateur. En 1967 sort le film Les risques du métier d'André Cayatte, et c'est un succès. Jacques Brel prend désormais son temps, profite de son voilier et n'en arrête pas pour autant d'écrire des chansons et de les enregistrer en studio. Jacques Brel 67 présente La chanson des vieux amants, Mon enfance, Le cheval.... En 1968, il enregistre J'arrive avec le célèbre Vesoul et produit en octobre, à Bruxelles, L'homme de la Mancha dans lequel il interprète le rôle principal, celui de Don Quichotte. Le spectacle sera ensuite donné à Paris en décembre. L'année suivante, il tourne l'un de ses plus beaux rôles au cinéma, Mon oncle Benjamin. Il enchaîne d'autre tournages et s'intéresse à la réalisation, Franz en 1971 avec Barbara pour partenaire et Far West en 1973, qui sera un échec. Mais en tant que comédien, L'emmerdeur de Francis Weber avec Lino Ventura et L'aventure c'est l'aventure de Claude Lelouch, encore avec Lino Ventura, sont des succès. Sur le plateau de ce dernier film, il rencontre celle qui sera sa dernière compagne, Maddly Bamy. C'est avec elle qu'il partira en voilier pour se retirer aux Marquises en 1974, quand il apprendra qu'il est atteint d'un cancer du poumon (Brel est un grand fumeur). C'est l'époque où il fera l'avion taxi pour dépanner les indigènes, s'impliquant dans la vie sociale de ces îles, d'Hiva Oa, aux Marquises, à Tahiti. Il reviendra enregistrer à Paris un ultime album pour son ami Eddy Barclay qui paraît le 17 novembre 1977 avec un chiffre record de précommandes : un million d'exemplaires. Il retourne ensuite aux Marquises jusqu'à ce mois de juillet 1978 où il est hospitalisé d'urgence à Paris. Décédé le 9 octobre à l'hôpital de Bobigny, il est enseveli à Atuona aux Marquises, non loin de la tombe de Paul Gauguin. Sa fille France crée la Fondation Jacques Brel à Bruxelles en 1981, afin de soutenir la recherche contre le cancer et l'aide à l'enfance hospitalisée. En décembre 2005, Jacques Brel est élu au rang du « Plus grand belge » par le public de la RTBF. En 2008, paraissent les cinq inédits refusés en 1977 par l'auteur lui-même. © Qobuz