Musique

Gilbert Bécaud

Gilbert Bécaud

Biographie

Fils spirituel de Charles Trenet, Gilbert Bécaud participe de la tradition de la chanson française du music-hall qu’il a contribué à rénover et à maintenir. « Chantre de la France heureuse, il assume sa part dans la diffusion des mythes du bonheur » écrit Louis-Jean Calvet dans 100 ans de chansons françaises. Né à Toulon le 24 octobre 1927, François Gilbert Silly (nom du premier époux de sa mère) étudie, dès l’âge de neuf ans, au conservatoire de Nice. Dès la fin des années 40, il compose des musiques de films puis devient le pianiste accompagnateur de la chanteuse Marie Bizet puis de Jacques Pills. Avec l’un des auteurs de Marie Bizet, Pierre Delanoë il écrit des chansons pour Yves Montand et Jean Sablon. Avec Jacques Pills, il écrit Je t'ai dans la peau que va chanter Edith Piaf. C’est elle qui va le présenter à Charles Aznavour puis au Préfet et poète Louis Amade qui va le pousser scène. Le succès sera immédiat grâce aux chansons Mes Mains, Quand tu danses, Les Croix… Il prendra alors pour nom de scène celui de son père biologique, Louis Bécaud, adoptera tout d’abord son vrai prénom, François, avant de choisir son deuxième prénom, Gilbert, en 1952. Il se produit dans les cabaret de la rive droite à Paris, enregistre en 1953 ses deux premiers disques, Mes Mains et Les Croix. En février 1954, il est choisi par Bruno Coquatrix, le nouveau propriétaire de l'Olympia, pour tenir en tant que vedette américaine l'affiche de la fameuse salle, qui va rouvrir après des années d'abandon. Les têtes d'affiche sont Lucienne Delyle et son mari Aimé Barelli. L'année suivante, c’est lui qui est en vedette au fronton en néons rouges de l'Olympia. En février 1955, Bruno Coquatrix propose d'offrir le spectacle de Bécaud aux étudiants. Plus de 4 000 spectateurs se pressent alors que la salle ne contient que 2 000 places. Les adolescents sont pris de frénésie et s'emballent jusqu'à casser des fauteuils. C’est sur cette scène qu’il gagne son surnom de « Monsieur 100 000 volts » en raison de son sens du show, de son énergie débordante mais aussi des passions qu'il soulève. La France des yéyés des années 60 l’adoptera d’emblée. Les émissions phares de cette période portent le titre de ses chansons comme Salut les copains sur Europe N°1 ou encore Âge tendre et tête de bois sur l’unique chaîne de télévision. Il enchaîne les succès : Et maintenant (1961), Dimanche à Orly (1963), Nathalie (1964), L’orange (1964), Quand il est mort le poète, hommage à Jean Cocteau (1965), L’important, c’est la rose (1967)… Bécaud est chanté par Richard Anthony (Au revoir, What now my love), Eddy Mitchell (Et maintenant), Sacha Distel (Un petit miracle), Dalida (Je reviens te chercher)… Véritable bête de scène, Bécaud se produit aussi bien en France qu'à l'étranger, adaptant ses chansons en allemand, espagnol, italien, anglais. Les interprètes américains s'emparent des adaptations de Et maintenant (What now my love) et de Je t’appartiens (Let It Be Me) mais aussi de It must be him (Seul sur son étoile), Sand and sea (Plein soleil), etc. Dans les années 70, il est omniprésent dans les médias, et sur les scènes du monde entier. Ses succès s’appellent : Un peu d’amour et d’amitié (1972), L’indifférence (1977), C'est en Septembre (1978). De lui, Dalida chante Amoureuse de la vie tandis que Joe Dassin reprend un de ses premiers succès Mé qué mé qué. C’est la chanson Désirée (1982) qui offre à Bécaud une nouvelle popularité en France en ce début des années 80. La décennie suivante voit son image se ternir d’interventions peu à son avantage, des agacements non dissimulés, une gifle donnée à un humoriste télé qui le piège pour une émission de Christophe Dechavanne. Bécaud n'a plus le même contact avec le public : il devient de bon ton, dans certains médias branchés, de conspuer ce « chanteur de vieux », trop propre, trop parfait techniquement, sans caractère de révolté pouvant lui apporter l'onction des intellectuels ou la sanctification d'un Léo Ferré. On commence à le caricaturer en dentier sur pattes. Les nouvelles chansons de celui qui lui avait donné de si jolis textes, Pierre Delanoë, font terriblement pensées à celles qu’il fourni à Michel Sardou. Son public ne le suit plus. De 1992 à 1996, fatigué, il prend du champ. Le tabac le ronge. Remonté en selle, il sort un nouvel album, fête ses 70 ans à l’Olympia (novembre 1997). C’est à la fin de cette décennie qu’il commence à évoquer son cancer, dans son album Faut faire réalisé par André Manoukian. Soutenu par l'affection de son public, il trouve l'énergie de remonter sur la scène de l'Olympia pour la trente-troisième fois (1999). La maladie finit par le rattraper et il s'éteint le 18 décembre 2001, à bord de sa péniche. Le jour de ses obsèques, alors que le corbillard passe sur le Boulevard des Capucines pour se rendre à l'église de la Madeleine, le célèbre fronton du music-hall affichera en lettres de feu Salut Gilbert Bécaud. Le métier le salue mais l’opinion et la presse n’en font pas grand cas. Un grand quotidien français ne consacrera qu'un bref article condescendant à ce chanteur « ringard » depuis quarante ans. Depuis, et malgré la sortie en 2002 d'un album posthume, le souvenir de Gilbert Bécaud semble estompé par une amnésie sélective des médias. Peu d'hommages, peu de rétrospectives pour celui qui fut pourtant, pendant cinquante ans, l'un des interprètes les plus énergiques et magistraux de la chanson française et sut, avant le changement des modes, conquérir un public aussi divers qu'enthousiaste. Il laisse l'image d'un homme électrique, toujours en mouvement. Sa cravate à pois, son piano légèrement incliné pour voir le public depuis son siège, ses quelque quatre cents chansons et sa main sur l'oreille (pour être sûr de chanter juste) sont d’autres images spécifiques qui ont marqué les esprits. Le réécouter est une éternelle source de plaisir, dommage que ses derniers albums ne renouvellent pas l’univers qu’il avait su créer.