Musique

Alfredo Kraus

Alfredo Kraus

Biographie

La noblesse et l’élégance de son style, sa voix claire, forte et ouverte sont entrés dans la légende dès le début des années 1960, au point de devenir une sorte d’archétype du ténor idéal. Alfredo Kraus débute en 1959 à Covent Garden dans Lucia di Lammermoor avec Joan Sutherland comme partenaire. Il reste dans la mémoire de tout amateur d’opéra pour avoir été un Alfredo de feu à côté de la Violetta dramatique et si touchante de Maria Callas. Cette fameuse Traviata enregistrée en 1958 au São Carlos de Lisbonne a longtemps circulé sous le manteau sous forme de « disque pirate » jusqu’à sa récupération officielle. Elle figure aujourd’hui fièrement au catalogue de Warner Classics. Alfredo restera l’un des grands rôles de la carrière d’Alfredo Kraus, qu’il enregistrera encore en studio avec Renata Scotto, sous la direction de Riccardo Muti, en 1982.C’est au théâtre de Las Palmas, où il est né en 1927, qu’Alfredo Kraus découvre le chant en assistant avec ses parents à des spectacles de zarzuela, un genre musical typiquement madrilène qui, un peu comme l’opérette ou la comédie musicale, associe le théâtre, l’orchestre et le chant. Il entre alors dans la chorale de son école puis commence des études d’ingénieur pour plaire à son père, mais l’envie de chanter est la plus forte. En 1948 il s’en va étudier à Barcelone puis à Milan avec Mercedes Llopart qui lui enseigne la technique de Manuel Garcia mise au point dans les années 1850. Alfredo Kraus se préoccupera toute sa vie de sa technique vocale avec une approche médicale autant que musicale qui lui a permis de garder sa voix à un âge avancé. Parmi ses règles d’or, une stricte hygiène de vie, son refus de chanter un rôle qui ne serait pas pour lui et une exacte connaissance anatomique du phénomène vocal.On a souvent reproché au ténor austro-espagnol une voix nasale alors qu’il chantait dans le masque, en utilisant les résonateurs supérieurs, avec une voix idéalement placée entre les deux sourcils, produisant une vibration crânienne rendant la voix plus belle et plus forte à la manière d’un violon. Il était aussi capable de chanter la mezza voce une technique pratiquement oubliée de nos jours qui permet de soutenir sa voix même dans une nuance piano.La clarté du timbre d’Alfredo Kraus faisait merveille dans l’opéra italien (Bellini, Donizetti, Rossini et certains Verdi : Falstaff, Rigoletto et, bien sûr, La Traviata), dans la zarzuela auquel il était très attaché, mais il a aussi durablement marqué l’opéra français, particulièrement le rôle de Werther (Massenet) qu’il a chanté jusqu’à la fin de sa carrière. On se souvient aussi de Manon de Massenet (Des Grieux), des Pêcheurs de perles de Bizet (Nadir), des Contes d’Hoffmann d’Offenbach ou encore de Roméo et Juliette de Gounod. Kraus ne cessera jamais de chanter dans tous les théâtres du monde avec des partenaires prestigieux : Sutherland, Sills, Zylis-Gara, Troyanos, Cortez, Verrett, Cotrubas, Berganza, Valentini-Terrani, Callas, mais aussi, Protti, Nucci, Bruson, Manuguerra, Cappuccilli, Siepi, Ghiaurov. Frappé par la mort de sa femme en 1997, il cessera de chanter suite à une profonde dépression. Un cancer du pancréas aura raison de lui deux ans plus tard.Le paradoxe d’une carrière aussi brillante que celle d’Alfredo Kraus est d’avoir finalement enregistré très peu de disques officiels tout en ayant une discographie immense, car c’est un des ténors les plus captés sur le vif. De très nombreux enregistrements sont dès lors disponibles et d’autres archives seront sans doute publiées. C’est ainsi que son vaste répertoire est largement représenté, quelquefois même plusieurs fois, 4 Rigoletto, 4 Traviata, 3 Werther, de nombreux Bellini, Donizetti, quelques Mozart et un seul opéra de Puccini, La Bohème avec la grande Renata Scotto qu’il rencontra au cours de ses années d’études à Milan. Alfredo Kraus laisse le souvenir d’une musicalité raffinée et d’un timbre étincelant qui semblait chanter sans aucun effort. C’est un des ténors les plus aimés et les plus respectés du milieu du XXe siècle. © François Hudry/QOBUZ