Une peine dans la collectivité pour une proche aidante «à bout» qui a laissé mourir sa mère
Au printemps 2021, en profonde détresse et isolée, Mélanie Dubuc a laissé mourir sa mère, de qui elle a pris soin pendant 10 ans
Agence QMI
Une femme de Saguenay qui a laissé mourir sa mère, de qui elle était l’aidante naturelle, a écopé d’une peine de deux ans dans la collectivité, le tribunal jugeant que sa responsabilité était diminuée par la détresse qu’elle vivait depuis plusieurs années.
• À lire aussi: Chicoutimi: elle plaide coupable d’homicide involontaire après avoir tué sa mère
Mélanie Dubuc évite ainsi la peine d’incarcération ferme que réclamait le ministère public, qui avait plaidé pour une sentence de pénitencier allant jusqu’à cinq ans.
La femme de 35 ans a été arrêtée deux ans après le décès de sa mère, Sylvie Lemay, et sa propre tentative de suicide, survenus en mars 2021.
L’accusée avait la responsabilité de sa mère depuis une dizaine d’années, cette dernière ayant fait une tentative de suicide qui l’a laissée avec des troubles cognitifs importants.
Mercredi, dans une lettre lue au tribunal avant l’imposition de sa peine, Mélanie Dubuc a assuré qu’elle aimait sa mère «plus que tout au monde», mais que l’isolement et une dépression profonde l’avaient amenée à «prendre de mauvaises décisions».
«Maman, repose en paix, je t’aime», a-t-elle conclu.

Dépression et détresse
La juge Sonia Rouleau devait trancher si l’homicide involontaire pour lequel l’accusée a plaidé coupable se rapprochait du quasi-meurtre ou si les facteurs propres à la situation de Dubuc et sa mère de 57 ans lui permettaient de sortir des fourchettes de peines en semblable matière.
La preuve établie lors des observations sur la peine l’a convaincue de la deuxième option.
La magistrate a prononcé la peine dans la collectivité, en insistant sur le fait que la dépression et la détresse de Mélanie Dubuc dans sa situation d’aidante naturelle ont mené au drame.
«Aucune explication logique ne permet d’arriver à un autre constat», a insisté la juge Rouleau, soulignant que la trentenaire n’a pas fait preuve d’une volonté réelle de poser des gestes pouvant attenter à la vie de sa mère, mais bien d’un «laxisme grave» ayant contribué au décès.
Soutien aux aidants naturels
Rappelons que Mélanie Dubuc avait été retrouvée grièvement blessée après une tentative de suicide commise le 16 mars 2021, des voisins s’étant inquiétés de ne plus observer d’activité chez elle.
En entrant, les policiers ont découvert sous des couvertures le corps de Sylvie Lemay, morte depuis environ une semaine déjà.
La cause officielle du décès est une pneumonie bactérienne, mais la quinquagénaire ne pesait plus que 61lb à son décès, signe d’une dénutrition importante dans les semaines précédentes.

Mélanie Dubuc avait alors assuré aux autorités que sa mère était morte de cause naturelle, mais qu’elle l’avait «laissée mourir».
«Ce dossier entraîne de profondes réflexions au support donné aux aidants naturels», a soulevé dans sa décision la juge Rouleau.
L’accusée sera assignée à résidence à temps complet pour les huit premiers mois de sa peine. Elle sera soumise à un couvre-feu par la suite.
En plus de sa peine dans la collectivité, le tribunal a condamné la femme à 240 heures de travaux communautaires en plus d’une probation.
Pour la durée des ordonnances, il lui sera interdit d’occuper un emploi où elle serait en position d’autorité ou de responsabilité de personnes vulnérables.
Vous avez des informations à nous communiquer à propos de cette histoire?
Écrivez-nous à l'adresse ou appelez-nous directement au 1 800-63SCOOP.