Le Journal de Montréal
Justice et faits divers

Fusillade dans un quartier familial de Laval: une fillette traumatisée par les coups de feu

Une fillette traumatisée par les coups de feu
Capture d’écran d’une caméra de surveillance
Une voiture noire arrive à toute vitesse et un suspect ouvre le feu en direction du véhicule stationné pendant que deux filles de 11 et 12 ans cherchent leur chat.

Erika Aubin

12 mai à 3h57

12 mai à 14h33

Une des jeunes filles qui a tout vu des coups de feu tirés sur un homme alors qu’elle cherchait son chat en plein après-midi mardi, dans un quartier familial de Laval, a encore de la difficulté à effacer ces images violentes de sa mémoire.

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«Je visualise la scène dans ma tête, quand j’ai vu le gars tomber par terre. Le soir, j’essaie de m’endormir, mais j’entends les mêmes bruits comme les tirs. Ça m’empêche de dormir. Je stresse quand je vois une auto grise», a confié la fillette de 11 ans en entrevue avec Le Journal. 

  • ATTENTION, les images qui suivent pourraient troubler certains lecteurs

Elle a demandé que l’on taise son identité, par crainte pour sa sécurité.

Elle se faisait garder chez sa grand-mère lors d’une journée pédagogique quand un homme de 33 ans a été blessé sous ses yeux dans une fusillade au volant.  

Capture d’écran d’une caméra de surveillance
Un homme qui est atteint par un coup de feu sautille et semble chercher à se réfugier.

Il hurle de douleur

La caméra de surveillance d’un citoyen a tout capté de la scène. À 13 h 05, on voit une voiture noire arriver à toute vitesse sur la rue Normandin, dans le quartier Chomedey. Trois coups de feu se font entendre et l’homme visé se met à hurler.

L’événement se produit en quelques secondes au moment où la fillette, avec son amie de 12 ans, cherchait son chat Atchoum, qui s’était enfui.

On aperçoit ensuite la victime trébucher et sautiller dans la rue alors qu’elle semble vouloir se réfugier. Sa conjointe en panique le suit à l’arrière. 

Capture d’écran d’une caméra de surveillance
La copine de la victime de 33 ans est en panique et court vers celle-ci.

L’individu blessé au pied s’assoit ensuite dans les escaliers d’un logement où on l’entend dire: «C’est comme ça maintenant?» Des policiers sont arrivés quelques minutes plus tard.

Capture d’écran d’une caméra de surveillance
L’individu blessé est assis sur un balcon, accompagné par un premier policier arrivé sur place cinq minutes après les coups de feu.

«Au début, je pensais que c’étaient des feux d’artifice. Puis, j’ai vu le gars tomber et je ne savais pas quoi faire entre aller l’aider ou m’enfuir. Je suis partie me réfugier chez ma mamie», raconte la fillette au bout du fil.

Elle a barré les portes du logement et fermé les rideaux parce qu’elle avait «vraiment peur» avant d’appeler le 911.

«J’avais mal au haut du ventre à cause du stress. J’ai fait un câlin à mon amie parce qu’elle pleurait vraiment beaucoup», s’est-elle remémorée.

Les jeunes filles ont été rencontrées par des policiers accompagnés par un chien de soutien. «Ça nous a aidées à parler et à nous changer les idées», a-t-elle dit.

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Trois en autant de jours

Cette fusillade était la troisième à survenir en autant de jours à Laval dans un rayon d’environ trois kilomètres. Dimanche, un homme de 28 ans a été tué par balle après une fête familiale. Le lendemain, des coups de feu ont été tirés près d’une école primaire.

«Ma fille a été chanceuse, mais en plein jour avec des enfants... Il peut y avoir une balle perdue la prochaine fois, a déploré la mère, encore sous le choc. C’est rendu qu’on va avoir peur de sortir. C’est vraiment grave.»

– Avec la collaboration de TVA Nouvelles 

Sans considération pour les victimes innocentes  

Des coups de feu tirés à toute heure du jour laissent entendre que les criminels n’ont aucun égard pour les gens qui pourraient devenir leurs victimes collatérales, estiment d’anciens policiers. 

«On constate une impunité. Les jeunes [criminels] se sentent invincibles, ne craignent pas les conséquences ou les policiers. Et, comme ils n’ont peur de rien, ils ne prennent aucune précaution», a analysé Stéphane Wall, superviseur retraité de la police de Montréal.

La fusillade dans un quartier résidentiel de Laval mardi aurait facilement pu virer au drame si les fillettes qui se trouvaient tout près avaient reçu une balle perdue, a-t-il déploré. 

«On parle de crime désorganisé juste à regarder la façon qu’ils ont fait ça, par exemple dans une voiture qui roule vite et ne s’arrête même pas pour tirer», a souligné Paul Laplante, enquêteur retraité de la Sûreté du Québec.

Incontrôlables

Les gangs de rue, responsables de 75 % des fusillades à Laval l’an dernier, semblent incontrôlables, selon l’ex-dirigeant de l’escouade Carcajou.

«Et c’est bien là la problématique. Après l’annonce de Centaure – une opération pour lutter contre la violence par armes à feu –, je croyais que des ordres arriveraient par en haut en disant : “c’est assez, vos niaiseries”», a ajouté M. Laplante.

Les deux policiers retraités souhaitent des actions politiques, avant que des victimes collatérales meurent.

Paul Laplante espère que ça ne prendra pas un autre Daniel Desrochers, victime innocente de 11 ans de la sanglante guerre des motards en 1995. L’escouade Caracajou était née peu après pour mettre fin aux attaques.

«À l’époque, ça commençait déjà à chauffer, mais tout était parti de cet événement», s’est-il remémoré.

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