QUBm - Accueil - Frontpage QUB Musique
Sommet de la nuit: que la danse recommence!
Photo Fotolia

Montréal au Sommet de la nuit : que la danse recommence!

Mélissa Pelletier

20 octobre à 17h15

Mathieu Grondin et Laurianne Lalonde en ont gros sur le cœur. Il veulent, comme plusieurs, qu’une vie nocturne digne de ce nom et digne de la réputation de Montréal reprenne son cours normal. Le Sommet de la nuit, qui se tiendra les 21 et 22 octobre prochains, sera l'occasion pour eux, ainsi que plusieurs autres, de faire valoir leur point de vue.

Mathieu Grondin, fondateur et directeur général de MTL 24/24 et programmateur de Montréal au Sommet de la nuit, a appris comme tout le monde la semaine dernière que la danse et le chant restaient interdits dans les bars. Et ce, malgré l’espoir suscité par l’annonce du gouvernement Legault sur un éventuel assouplissement des mesures sanitaires.  

À LIRE AUSSI : «Impossible à aimer» de Cœur de Pirate: respirer

Laurianne Lalonde, qui travaille dans le domaine des expositions en arts visuels, a développé une passion pour la danse il y a quelques années. Devant les pistes de danse qui prennent la poussière malgré les restrictions sanitaires de moins en moins sévères, elle a lancé cet automne une pétition pour le Rétablissement du droit de danser au Québec, qui a connu beaucoup d’échos. 

L'annonce du maintien de l'interdiction de danser est survenue une semaine avant le deuxième volet du Sommet de la nuit de Montréal qui se tiendra les 21 et 22 octobre. Plusieurs intervenants de divers milieux culturels et de la vie nocturne montréalaise viendront témoigner de la situation qui perdure depuis un an et demi et, bien sûr, des défis à relever pour les prochains mois. 

Le lendemain du Sommet de la nuit, c'est-à-dire le 23 octobre, une manifestation se tiendra dans les rues de Montréal pour réclamer une réouverture des planchers de danse. 

Pour en parler, Mathieu Grondin et Laurianne Lalonde ont accepté de nous accorder une entrevue.

Le point de vue de Mathieu Grondin      

Pensez-vous que le gouvernement pourrait reculer sur l’interdiction de danser dans les bars, les salles de spectacle?

C’est pas une question de reculer, c'est aller vers l'avant! (Rires) C’est d’avancer vers le déconfinement, la vie nocturne, le dernier secteur qui est toujours complètement fermé. La danse est interdite au Québec depuis juin 2020. 

Après ça, les Québécois dansent quand même dans des partys illégaux, dans les parcs, dans des bâtiments abandonnés, dans les terrains en friches... Puis au Centre Bell. Ça, ils ont le droit! Même s'ils n'ont pas droit, on le tolère. C’est juste dans les petites salles, dans les endroits qui sont pas subventionnés qu'on ne peut pas danser! 

On a l'impression que la culture institutionnelle a préséance sur la culture indépendante puisque le gouvernement déconfine la culture qu'il comprend : la Place des Arts, le TNM (Théâtre du Nouveau Monde), l'Orchestre symphonique, les games de hockey, les concerts de Gino Vanelli...

Avez-vous une stratégie particulière pour la campagne électorale montréalaise?

Non, parce que les deux candidats veulent que ça reparte le plus rapidement possible. Les deux sont pour le développement de la vie économique nocturne, la vie culturelle à Montréal. Le problème n'est pas à Montréal. Le problème est à Québec. Peu importe qui gagne, on va bien travailler avec l’un ou l’autre. 

Est-ce que tu vas être DJ au cours du Sommet de la Nuit?

Non, je ne mixe pas. Moi quand je joue de la musique, c’est pour faire danser le monde. Je ne fais pas de background de musique dans la vie. Il y en a des meilleurs que moi pour faire ça. (Rires...) Et comme j’ai beaucoup beaucoup de travail, je n'ai pas le temps de préparer un set. 

Ça doit quand même te manquer de mixer?

Ça me manque d'avoir la réaction du public. Être DJ, c'est comme se produire sur scène. Ça ressemble au théâtre. Il y a un rapport entre le public et l’artiste qui est vraiment valorisant. Je te parle de ça en tant que DJ, mais Louis-Jean Cormier, par exemple, te dirait la même affaire. 

On a besoin de ce rapport-là avec le public. Et en ce moment, on l’a pas. Puis avec le public assis, c’est pas la même affaire. On a besoin de les voir danser, on a besoin de les voir se lever, taper des mains, sourire. C’est ça qui nous nourrit comme artiste.

Avez-vous peur que ça reprenne jamais comme avant?

Ça va prendre quelques années avant de revenir à l'effervescence et au dynamisme qu'on avait avant la pandémie au plan du milieu culturel. Les gens ont perdu leurs habitudes. Il y en a d'autres qui, à un âge crucial, ne les ont pas développées. Je pense aux jeunes de 20 ans aujourd'hui qui n'ont jamais dansé légalement à l’intérieur. On leur a enlevé deux ans. 

Déjà qu'avant la pandémie, la vie nocturne avait des défis à relever en raison de la transformation de la société par les médias sociaux, les téléphones intelligents et tout. Moi, quand j'étais jeune, si je voulais rencontrer du monde, flirter, il fallait que je sorte dans un bar. 

Donc oui, moi j'ai peur que ça revienne pas tout à fait pareil. C'est un gros défi pour Montréal. Parce que Montréal, c'est une ville de fête. Ça fait partie de notre ADN. 20% des touristes visitent Montréal pour sa vie nocturne. 

Comme vous dites, c’était déjà difficile pour la vie nocturne avant la pandémie. Des institutions comme le Divan Orange ont fermé à cause des plaintes de bruit...

Le bruit a pris des proportions complètement surréalistes à Montréal. D’un côté, tu as souvent des petits bars qui doivent dealer avec des résidents du quartier. Il suffit qu’il y en ai un seul qui soit un peu un plaideur quérulent, qui les harcèle pour les faire fermer... Puis ils réussissent! C’est ça qui est arrivé avec le Divan Orange. 

Puis de l'autre côté, il y a 20 ans, on a décidé de fonder un Quartier des Spectacles, avec une Place des Festivals. Puis on a décidé de construire 2000 unités résidentielles de condos autour. Des condos qui ne sont déjà pas très, très abordables. Qui s'adressent à une clientèle particulière. Puis les gens viennent, ils commencent à faire des plaintes de bruit parce qu’il y a beaucoup de festivals... 

Pourquoi on a laissé faire ça? On est en train de se tirer dans le pied et de détruire ce qu'on a mis en place. Comment on va faire pour gérer ça? Cest un manque de planification à long terme qui met en péril la pérennité de la vie culturelle publique à Montréal. On est en train de créer un gros beigne où tu vas avoir la Place des Festivals... 

Quelques mots avec Laurianne Lalonde   

Noire Mouliom

D’après vous, pourquoi la danse est si importante?

Pour plusieurs raisons! Je tiens à spécifier que je suis une danseuse amatrice. Pour moi, c’est une façon de posséder mon corps, d’être en contrôle de mes mouvements. Ça me permet d’être bien dans ma peau. Quand on se prépare pour aller danser, on prend souvent le temps de se mettre belle et beau. À mon avis, la danse participe à un bien-être physique et mental. 

Je pense aussi que ça permet d’entrer en contact avec les autres. Pas besoin d’avoir une langue commune: la réaction à la musique peut être un moyen de socialiser. C’est une aussi une manière de partager entre plusieurs cultures!

Qu’est-ce qui vous a motivé à lancer la pétition pour le Rétablissement du droit de danser au Québec?

C’est en lisant l’article de Philippe Renaud dans Le Devoir: On danse partout sur la planète, sauf à Montréal. J’ai été choquée par l’ouverture de l’article, qui s’interroge sur la possible stigmatisation des personnes qui ont une vie nocturne active. En ce moment, on peut prendre un verre et discuter sans masque... Mais on n’a pas le droit de se lever pour danser ensemble. Ce serait une erreur de croire que ce ne sont que les jeunes qui veulent en profiter. Dans les boîtes de nuit, on peut trouver toutes les générations confondues. 

J’ai aussi eu beaucoup de soutien de l’industrie de la musique, ainsi que des bars et des restaurants. Une communauté de DJs de Québec m’a même contactée pour me donner son soutien. C’est vraiment cool de voir que d’autres endroits se mobilisent à travers le Québec. C’est loin d’être juste à Montréal!

Le Sommet de la nuit vous a invitée à participer à son deuxième volet, en te prononçant sur la situation le 21 octobre. Pouvez-vous me parler de cette collaboration?

Quand j’ai échangé avec Mathieu Grondin, j’ai réalisé qu’on avait la même vision même si nos enjeux sont différents. Lui est impliqué directement, alors que je ne suis qu’une citoyenne. Personnellement, j’ai hâte de recommencer mes activités nocturnes. Pendant ce temps, certains organismes et institutions vivent des problèmes économiques, sans parler de la perte de vitalité du centre-ville. On veut un rétablissement de la situation.

L’interdiction de danser a été confirmée à nouveau, récemment, par le gouvernement. Comment avez-vous réagi en l’apprenant?

C’est extrêmement décevant. Il n’y a même pas eu de point précis sur le sujet: comme si on l’évitait. Quand j’ai atteint 1000 signatures de ma pétition, j’ai écrit à mon député provincial d’Hochelaga-Maisonneuve, Alexandre Leduc. Je me demandais s’il pouvait représenter ma demande à l’Assemblée nationale. J’ai eu droit à un silence radio. Je sens une absence de dialogue, et c’est vraiment ce que je déplore. L’idée, ce serait d’adresser les insécurités pour mieux les régler.

Justement, que répondriez-vous aux personnes qui sont moins à l’aise avec la danse en temps de pandémie?

Je n’ai pas l’impression que les gens sont si mal à l’aise par rapport à cette idée. Déjà, ça s’adresse à une partie de la population, qui est double vaccinée. Et j’insiste: nous sommes ouverts au dialogue. Si on doit garder le masque en dansant, ce sera ça. Je pense qu’on devrait faire confiance aux institutions et aux organismes qui ont une expertise et qui connaissent bien leur clientèle. Si on leur fait assez confiance pour gérer le port du masque et le passeport vaccinal, je pense qu’on peut faire de même pour les règles entourant la danse!

D’ici là, Mathieu Grondin et Laurianne Lalonde vous invitent à une manifestation dansée le 23 octobre dès 14h au coin de Duluth et Parc. Apportez vos masques... et vos pas de danse!    

Leurs chansons préférées pour danser!    

Parce que c'est bien ça l'important. Découvrez les chansons proposées par Mathieu Grondin et Laurianne Lalonde:

VOUS AIMEREZ AUSSI : 

Rampe de lancement: Hansom Ēli à l’honneur

20 choses que vous ne saviez (peut-être) pas pour les 20 ans de Rêver mieux de Daniel Bélanger

«Vertiges» de Zouz: débroussailler