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L'article provient de TVA Nouvelles
Affaires

Reconnu comme une passoire, le port de Montréal a les mains liées malgré un arsenal de sécurité

Le transit de conteneurs remplis de véhicules volés complique les activités portuaires

Photo Agence QMI, JOEL LEMAY
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Nora T. Lamontagne et Denis Therriault

2023-10-22T23:30:00Z
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Le port de Montréal est visiblement le préféré des trafiquants: 1050 véhicules volés y ont été saisis par les services frontaliers l’an dernier, contre 57 dans tous les autres ports du pays. Sans compter les milliers d’autres voitures qui ont pu quitter ses quais sans problème.

Aux prises avec la réputation de passoire, l’administration portuaire a néanmoins très peu de pouvoir sur ce qui transite par ses installations, soutient Daniel Dagenais, vice-président responsable de la sûreté au port au moment de l’entrevue.

« Le contrôle de la marchandise à l’exportation, c’est essentiellement lié aux douanes, c’est avec eux qu’on peut régler cet enjeu »

Daniel Dagenais, Port de Montréal

- Daniel Dagenais, Port de Montréal

Photo Photo JOEL LEMAY, Agence QMI

Notre Bureau d’enquête a tout de même eu droit à une présentation de l’arsenal de mesures de sécurité mises en place pour contrôler les allées et venues dans le port de Montréal. 

600 caméras pour mieux surveiller

Au centre de contrôle du port – situé dans un ancien bâtiment d’Expo 67 au pied du pont Victoria –, deux employés gardent un œil attentif sur une rangée d’écrans. 

Photo Agence QMI, JOEL LEMAY
Photo Agence QMI, JOEL LEMAY

Les images de 600 caméras de surveillance éparpillées sur les 26 kilomètres des berges où s’étend le port s’y affichent en alternance, en plus des mesures d’autres outils de surveillance passives. 

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Ces bandes vidéo contiennent de précieux indices en cas d’enquête policière. 

«On est capable de certifier avec une certitude absolue qui a apporté le conteneur, on l’a vu. On sait exactement à qui parler pour commencer à remonter la filière», affirme Daniel Dagenais, qui a travaillé au port pendant 35 ans. 

Laissez-passer, s'il vous plaît

Chaque jour, près de 2000 poids lourds traversent ce portail. C’est là que chaque conducteur doit présenter son laissez-passer portuaire, en plus d’une habilitation de sécurité de Transports Canada pour certains. 

Photo Agence QMI, JOEL LEMAY
Photo Agence QMI, JOEL LEMAY

Pour obtenir l’habilitation, il faut fournir non seulement son passeport, son certificat de naissance original, mais aussi celui de son conjoint, et des empreintes digitales. 

Rappelons que les conteneurs sont scellés à leur arrivée au port, et que seule l’Agence des services frontaliers est en droit de les ouvrir à moins d’obtenir le mandat d’un juge.

Une auto dans une pile de conteneurs

Au port de Montréal, les conteneurs s’empilent par centaines sur les quais à perte de vue. Bonne chance pour trouver celui où se trouve une voiture déclarée volée, même avec un dispositif de suivi. 

«On a des témoignages des gens qui sont sur le bord de la clôture, qui voient des milliers de conteneurs et qui se disent "mon pick-up est là!".»

«Mais souvent, les gens ont une géolocalisation qui est précise pour eux, mais qui est loin d’être précise pour nous», explique patiemment M. Dagenais, vice-président performance portuaire. 

Photo Agence QMI, JOEL LEMAY
Photo Agence QMI, JOEL LEMAY

C’est que même quand la localisation est relativement exacte, le véhicule peut autant se retrouver dans le conteneur en bas de la pile que dans le quatrième, que dans celui d’à côté. 

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Complexe et délicat

Le seul fait de devoir isoler un conteneur suspect au port de Montréal constitue un véritable casse-tête en raison du manque d’espace et du ballet des marchandises, comme on le voit ici dans un terminal. 

Photo Agence QMI, JOEL LEMAY
Photo Agence QMI, JOEL LEMAY

Il faut d’abord cibler le bon conteneur, gérer l’espace au sol pour faire de la place, l’extraire de la pile à l’aide d’une grue, puis le transporter jusque chez un partenaire privé pour qu’il puisse être examiné. 

«L’objectif serait de ne pas avoir à gérer ça sur le site du port parce que c’est très difficile d’un point de vue logistique et que ça inclut des coûts que tout le monde paie», souligne Daniel Dagenais, responsable de la sécurité. 

Au final, le Syndicat des Douanes et de l'Immigration estime qu’environ 1% des 800 000 conteneurs qui quittent le port de Montréal chaque année sont inspectés. 

Les voies ferrées 

Les criminels actifs en Ontario privilégient de plus en plus le train pour faire transiter des voitures volées jusqu’au port de Montréal. 

Photo Agence QMI, JOEL LEMAY
Photo Agence QMI, JOEL LEMAY

Il faut savoir que le port dispose de 100 km de voies ferrées reliées aux réseaux du CP et du CN, ce qui permet de charger un conteneur à Toronto et de l’expédier directement à Montréal. 

Si cette option coûte plus cher aux voleurs que de payer pour le transport par route, elle a l’avantage de réduire les risques de se faire intercepter en chemin.

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