Le Journal de Montréal
Société

Prostitution juvénile: que nous réserve l'avenir?

Maria Mourani

Maria Mourani

2 mars à 10h

Encore un coup de fil de détresse d’une mère. « Amanda est à Toronto. Elle n’en peut plus. Il n’arrête pas de la battre. Il veut qu’elle fasse 10 clients par jour. Il lui a pris ses papiers. » 

Amanda a 21 ans. Elle est sous le joug d’un proxénète depuis l’âge de 16 ans. Elle ne sait plus trop quoi penser de cet « amoureux » qui dit l’aimer au point de la donner en pâture à plusieurs hommes par jour moyennant rétribution. Sa mère est dépassée. Amanda a plus de 18 ans. La police ? Elle fait ce qu’elle peut avec une loi dont les rouages complexes obligent à démontrer l’exploitation, surtout lorsque la victime est adulte. 

Au Canada, l’âge moyen d’entrée dans la prostitution est de 14 ans. On ne se réveille pas un beau matin de ses 18 ans en se disant : « Je vais me lancer dans une carrière enrichissante et payante, la prostitution ! » Adulte ou mineur, l’effet est le même. On entre dans un système, une industrie du sexe ; une machine qui broie des vies, une tueuse d’âmes. La faucheuse avant l’heure. 

Une loi moderne 

Le 6 novembre 2014, une nouvelle loi sur la prostitution voit le jour. Son originalité est qu’elle ne s’attaque plus seulement aux proxénètes ; elle cible aussi les prostitueurs et la publicité de services sexuels. Qu’est qu’un prostitueur ? Un homme, dans la très grande majorité des cas, qui achète des services sexuels et contribue ainsi activement à l’exploitation de femmes et d’hommes, mineurs et adultes. Vous aurez compris que le mot « client » ne fait pas partie de mon vocabulaire. 

La loi de 2014 s’inscrit dans un principe élémentaire : celui de l’offre et de la demande. En criminalisant l’achat de services sexuels, elle cherche à éliminer la demande et ainsi, agir sur l’offre. Logique, non ? 

La Suède a été la première à s’attaquer à l’achat de services sexuels, et ce, depuis la loi de 1999. Le Canada s’en est d’ailleurs inspiré. Depuis, d’autres pays lui ont emboîté le pas, notamment la Norvège et la France. Aucune loi n’est parfaite, mais celle-ci a fait ses preuves en matière de protection des victimes d’exploitation sexuelle. 

Encore une contestation en Cour suprême

Quelle surprise ! Une contestation à l’image de l’affaire Bedford. À vrai dire, Bedford a été une bénédiction, puisqu’elle a offert une occasion de renforcer la loi sur la prostitution. Les contestataires actuels soutiennent, entre autres, que l’interdiction d’acheter des services sexuels ou d’en tirer un avantage matériel est inconstitutionnelle. Autrement dit, il faudrait laisser les prostitueurs tranquilles et les proxénètes faire leur travail. Bien évidemment, tout cela au nom de la protection des « travailleuses du sexe ». 

La décision que prendra la Cour suprême dans cette cause sera déterminante. Protégera-t-elle les droits des proxénètes ? Des prostitueurs ? D’ailleurs, est-ce un droit d’acheter des services sexuels ? Et Amanda, qui la protégera ?