Le Journal de Montréal
Justice et faits divers

Pornographie : le reflet de la laideur humaine

Pornographie: le reflet de la laideur humaine
Photo Adobe Stock
Derrière chaque image ou vidéo, un enfant agressé.
Maria Mourani

Maria Mourani

9 mars à 9h

Depuis les deux dernières années, les recours judiciaires vont bon train, principalement aux États-Unis, contre une entreprise de pornographie en ligne, MindGeek, dont le siège social serait au Luxembourg, un haut lieu du paradis fiscal, mais dont une grande partie des employés sont à Montréal. 

Outre les centaines de millions de personnes à travers le monde, près de 4 millions de Canadiens lui rendent visite tous les jours. 

Que reproche-t-on à cette entreprise ? D’avoir diffusé de la pornographie juvénile, dont certaines victimes avaient 12 ans au moment des agressions, voire de la pédopornographie produite par des prédateurs sexuels. 

Il lui est également reproché d’avoir payé des trafiquants pour obtenir des vidéos d’agressions sexuelles. Ce qui techniquement serait de la production de pornographie juvénile. Ma question : qu’est-ce qu’on attend pour poursuivre les dirigeants de cette entreprise au criminel ? 

L’article 163.1 du Code criminel est très clair : la distribution et la possession de pornographie juvénile sont passibles d’une peine maximale de 14 ans de pénitencier. Une enquête policière pourrait-elle donner lieu à des poursuites criminelles à l’encontre des employés de cette entreprise qui ont mis ces contenus en ligne ainsi que leurs dirigeants ? 

Deux poids, deux mesures

Prenons un individu lambda, dans son sous-sol qui reçoit une vidéo de viol d’une adolescente de 12 ans. Il la regarde, la conserve et la transmet à plusieurs autres pédophiles de sa trempe. S’il se fait intercepter par la police, il sera accusé de possession et de distribution de pornographie juvénile et sera passible d’une peine d’emprisonnement minimale d’un an et maximale de 14 ans. 

S’il produit lui-même la vidéo en agressant sa fille ou la fille de la voisine ou en payant un autre individu pour le faire, il sera aussi accusé de production de pornographie juvénile. Dites-moi, quelle différence y a-t-il entre ce monsieur lambda et cette compagnie qui se défend en invoquant ne pas avoir « sciemment » tout fait ce qu’on lui reproche ?

Pourtant la vidéo d’une petite fille de 13 ans, ce n’est tout de même pas équivoque, non ? Avoir des productions de vidéos faites par des prédateurs sexuels reconnus et condamnés, ce n’est quand même pas anodin. 

Faisons mieux que les Américains, poursuivons-les au criminel ! Une première grande enquête criminelle sur un fleuron de l’industrie de la pornographie. Montrons que c’est possible. Faisons jurisprudence. J’invite le DPCP à agir. 

Banalisation 

De plus en plus, l’éducation sexuelle des garçons se fait par la porno. Notre société, comme plusieurs autres, s’inscrit dans la banalisation des représentations véhiculées par la pornographie : violences sexuelles, pédophilie, sadisme, domination des femmes, sexualité débridée, etc. Cette industrie se nourrit de l’exploitation sexuelle autant que la prostitution. 

Elle fonctionne sur le principe de l’offre et de la demande. Chaque clic sur ces sites XXX est une caution de plus, un renforcement de leur puissance économique. 

Alors, faites votre part, arrêtez de cliquer