Le Journal de Montréal
Justice et faits divers

Violence par armes à feu: les chefs de police veulent des peines plus robustes

Un projet de loi vise à rayer des peines minimales pour des crimes par armes à feu

Les chefs de police veulent des peines robustes
Photo Chantal Poirier
Pierre Brochet, chef de police de Laval et président de l’Association des directeurs de police du Québec (ADPQ), fera ses représentations aujourd’hui concernant le projet de loi C-5, qui vise à abroger les peines minimales pour des crimes par armes à feu.
Valérie Gonthier

Valérie Gonthier

13 mai à 4h

Les chefs de police du Québec craignent que le fédéral banalise la violence par armes à feu en abolissant les peines minimales pour ces crimes au pire moment, quand les fusillades se multiplient.

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« On passe un très mauvais message en diminuant les peines pour ces crimes », déplore Pierre Brochet, le chef de police de Laval et président de l’Association des directeurs de police du Québec (ADPQ).

Le chef Brochet s’adressera aux élus de la Chambre des communes dans le cadre de l’étude du projet de loi C-5. Présenté par le gouvernement libéral, il vise notamment à diminuer la surreprésentation des communautés autochtones et des minorités visibles dans les prisons canadiennes.

Le moment ne pourrait pas être moins bien choisi, alors que les événements par coups de feu se multiplient dans la région métropolitaine depuis deux ans.

« On est sensible à cette surreprésentation, c’est un enjeu important, ça encombre le système. Mais on est préoccupé par tout le volet arme à feu, on doit penser aux victimes aussi », a plaidé M. Brochet.  

D’autres façons d’agir

Selon lui, la disproportion du nombre des Autochtones et des minorités visibles est davantage une « problématique à caractère social » et il y a d’autres façons d’intervenir.

« Abolir les peines minimales obligatoires va faire en sorte que des criminels très violents s’en sortent avec des peines moindres, a-t-il insisté. Ces gens qui sont prêts à faire ça sont très criminalisés. On a beau être idéaliste, ils ne cesseront pas en sortant de prison », a-t-il lancé.

L’ADPQ propose une solution pour éviter l’abolition des peines minimales pour ces crimes : permettre à un juge une clause dérogatoire, lorsque cela s’y prête.

« En fonction de certains critères, un juge aurait la discrétion de ne pas appliquer la peine minimale, pour des raisons humanitaires par exemple », a-t-il expliqué, ajoutant que cela est en vigueur dans plusieurs pays.

Semaine violente

Alors que trois fusillades en trois jours sont survenues cette semaine sur le territoire de son service, M. Brochet ne cache pas son inquiétude face au projet de loi du gouvernement fédéral.

« Les personnes qui ont tiré des coups de feu dans les derniers jours à Laval, on veut qu’elles aient des peines minimales. Ça joue sur le sentiment de sécurité des citoyens si ces gens-là ressortent trop rapidement de détention », insiste le chef de police. 

Le projet de loi C-5 vise à abroger les peines minimales pour des crimes graves, comme utilisation d’une arme à feu lors de la perpétration d’une infraction, possession d’arme à feu prohibée, décharge d’arme à feu et vol et extorsion avec une arme à feu.

Le chef préoccupé par la flambée de violence  

La plus grande hantise du chef de police de Laval est qu’une fusillade tue une victime sans histoire, comme Meriem Boundaoui, 15 ans, à Saint-Léonard, l’an dernier.

« Actuellement, c’est certain que c’est ma plus grande préoccupation qu’il y ait une balle perdue et qu’un enfant ou une victime innocente ne se fasse atteindre », a lancé Pierre Brochet.

Cette semaine seulement, Laval a été secouée par trois fusillades. La dernière est survenue mardi en plein jour, dans un quartier résidentiel et familial. Deux filles de 11 et 12 ans, alors tout près de la rue, ont tout vu de la scène. 

Huitième à Laval

« Si tu décides de tirer quelqu’un alors que t’as deux enfants qui cherchent un chat à côté, je n’ai pas de misère à accepter que cette personne doive être au moins quatre ans en détention. Il faut que les gens assument les conséquences de leurs actes », a insisté M. Brochet.

Il faisait référence au projet de loi du gouvernement fédéral qui vise à abolir les peines minimales pour les crimes par armes à feu.

Cet événement de mardi, qui a fait un blessé, est le huitième crime par arme à feu à survenir sur le territoire de Laval depuis le début de l’année. 

Très préoccupé par cette flambée de violence, le directeur de police a assuré ne pas avoir lésiné sur les moyens. 

« Quand on a eu la dernière des trois fusillades, on a mobilisé beaucoup de ressources en temps supplémentaire. On avait une trentaine de policiers. »

Selon lui, les fusillades seraient dues à une guerre de clans, en fonction de certains territoires contrôlés. 

« J’ai dit aux policiers : vous allez rencontrer ces gangs-là, vous allez leur dire que le territoire lavallois, il appartient aux Lavallois. Pas aux gangs de rue », a-t-il insisté. 

Banalisation

D’ailleurs, les gangs de rue se désignent par nom de zone (zone 1, zone 2, zone 3, etc.), correspondant au numéro de poste de quartier du secteur où ils sévissent, a-t-il expliqué, ajoutant que les jeunes se provoquent sur les réseaux sociaux, ce qui envenime ou crée des conflits.

« On entend souvent qu’ils tirent dans le secteur voisin pour marquer des points, a-t-il déploré. Ce qui fait le plus peur, c’est que souvent, ce n’est rien de réfléchi, ils n’ont aucune conscience de la vie humaine. »

Et plus de la moitié des personnes sur qui une arme a été saisie sur le territoire de Laval avait moins de 21 ans, a-t-il dit. « On interpelle même des jeunes de 16 ou 17 ans », a-t-il précisé.

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