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L'article provient de Le Journal de Montréal
Culture

«Le dernier voyage du Demeter»: Dracula, mortel... d’ennui

Photo fournie par Universal Pictures et Amblin Entertainment
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Isabelle Hontebeyrie

2023-08-11T00:00:00Z
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Cette production ressemble à un exercice de maths de primaire; sachant que le film dure 119 minutes et qu’il y a huit passagers à bord du bateau, combien de minutes s’écouleront entre chaque mort? 

Dans la version originale de Dracula, le roman épistolaire de Bram Stoker, le carnet de bord du capitaine du Demeter tient en 1951 mots. Les scénaristes Bragi F. Schut et Zak Olkewicz ont donc usé d’imagination pour remplir les blancs, parvenant à étirer cette sauce insipide pendant, oui, 119 minutes.

On sait, dès le début, ce qui va se produire. Le Demeter transporte un lourd cargo contenant le vampire et la terre de son pays vers Londres. Les caisses mystérieuses, frappées du signe du dragon – «La bête du diable», s’exclame un marin avant de fuir –, abritent Dracula, qui en sort tous les soirs afin d’assouvir sa soif de sang. On le sait aussi, il n’y aura aucun survivant, le navire qui accoste en Grande-Bretagne est un bateau fantôme.

Quel est donc, vous demanderez-vous avec raison, l’intérêt de Le dernier voyage du Demeter? Je suis tentée de répondre par un laconique «aucun», avant de préciser que la manière dont les marins meurent ou la terreur qui règne à bord auraient pu et auraient dû constituer un terrain de jeu propice à une nouvelle exploration moderne et enlevante de Dracula.

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Mais non. Les morts sanglantes se succèdent à un rythme métronomique – oui, toutes les nuits –, en débutant par celles des animaux se trouvant à bord. Pour faire bonne figure, il y a une femme (Aisling Franciosi), un Noir (Corey Hawkins) et un enfant (Woody Norman), Bragi F. Schut ayant expliqué que sa source d’inspiration était... Alien!

On se dit aussi que le huis clos horrifique brillera par son suspense, sa réalisation et ses effets spéciaux. Que nenni! Le suspense est inexistant – on connaît déjà la fin –, la réalisation d’André Øvredal (Histoires effrayantes à raconter dans le noir) est médiocre et les effets spéciaux à l’économie nous montrent un Dracula ailé et monstrueux, sans rien des attraits du personnage de Gary Oldman dans la version de Coppola ou celle de Luke Evans, plus récente, signée par Gary Shore (le pas si mauvais Dracula inédit).

Oui, on soupire et on s’ennuie ferme en regrettant cette terrible occasion manquée et on finit même par se dire que, somme toute, Morbius était moins mauvais.

PS – La musique ne parvient pas à rattraper ce naufrage, Bear McCreary (le génial compositeur de la trame sonore de la série BSG), qui a remplacé Thomas Newman (le non moins génial compositeur de la trame sonore de Beauté américaine) au pied levé, fait malheureusement dans l’oubliable.

Note: 1 sur 5

Le dernier voyage du Demeter arrive dans les salles obscures dès le 11 août.

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