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L'article provient de Le Journal de Montréal
Culture

Benjamin Biolay: la prière aux accents rock

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Marie-Ève Blanchard

2022-09-03T04:00:00Z
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Deux ans après le succès de Grand Prix, Benjamin Biolay récidive avec Saint-Clair, un impeccable opus de 17 titres où se relaient mélodies aux accents rock et prenantes ballades. Entretien avec l’artiste prolifique à l’aube de la sortie de son dixième album solo.

«Plus je vieillis, plus j’ai envie que ma musique ressemble aux albums que j’écoute chez moi», estime l’auteur de Ton héritage. On ne se surprendra donc pas de découvrir d’emblée sur Saint-Clair, après une courte introduction instrumentale, la contagieuse et efficace Les joues roses avec des riffs évoquant The Strokes.

Enregistré avec une équipe réduite, l’album arbore une sonorité au grain chaleureux qui s’ajoute au timbre de voix enveloppant du chanteur. «On s’est mis à enregistrer en mode analogique et on a décidé de poursuivre. Ça nous a fait du bien de retrouver nos vieux fondamentaux. C’était un vrai plaisir», raconte le chanteur de 49 ans.

L’amour sacré

Le talent de poète et de mélodiste de Biolay se manifeste à travers chacune des chansons de cet album. Il y est question notamment des aléas de l’amour, des déclarations (l’entraînante Petit chat), des amourettes d’été qui s’estompent inévitablement (Mort de joie), mais aussi de l’amour amer. Avec Rends l’amour et son refrain un brin provocant, Biolay démontre que pour lui l’amour est aussi un impératif sacré.

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L’amour charnel n’est pas en reste avec la magnétique Numéros magiques aux accents de remixes de boîtes de nuit. «Nous étions en manque de clubs, de sexe, de trucs un peu plus noirs. Et puis il y avait ce couvre-feu. En studio, nous avons baissé les lumières. Après j’ai rendu ça plus maléfique que ça l’est. Il faut aller au bout des choses», assume le chanteur.

Clin d’œil aussi à l’amour spirituel, plusieurs saints jalonnant l’album : Saint-Germain, ballade nostalgique dans le quartier parisien ; Sainte-Rita, invocation à la patronne des artistes ; Santa Clara, (septembre un jeudi soir) en duo avec Clara Luciani ou encore Saint-Clair, hommage à Sète, ville de cœur de Biolay.

Confessions et mélancolies

Le chanteur confesse aussi ses désillusions à travers de touchantes ballades comme Pourtant et (Un) Ravel. «C’est une chanson adaptée d’une mélodie de Maurice Ravel. Unravel ça veut aussi dire démêler en anglais. J’y démêle un peu la pelote de laine de ma vie.»

Que ce soit avec la dansante Forever, qui parle de désamour, ou l’entraînante De la beauté là où il n’y en a plus, Biolay démontre combien il maîtrise l’art de la mélancolie romantique sans verser dans le larmoyant. «C’est un pied de nez, mais aussi un geste de survie. Et ça ressemble à la musique que j’aime, comme les groupes de Manchester, tels que The Smiths, où dominent les chansons dansantes pouvant évoquer des choses tristes.»

Mer et foi musicale

Présente en filigrane dans les marées basses sur Les joues roses ou dans le lit plein de sable de Mort de joie, la mer est plus assumée dans Pieds nus sur le sable ou Saint-Clair. «C’est le personnage principal de l’album. Elle est poétique, attirante et aussi angoissante, terrible.» Comme dans la bouleversante La Traversée, seule chanson qui n’est pas écrite au je, où la mer crache le sang des migrants noyés. «Le portrait aurait été incomplet de ma part, j’y pense parfois face à la Méditerranée. Des gens en train de crever, c’est épouvantable. Ce n’est pas une chanson engagée non plus, c’est une description factuelle d’une réalité malheureusement terrifiante», plaide le chanteur.

L’album se conclut sur la vitaminée chanson titre reprenant le thème de la pièce introductive. «Pour moi tout a un sens, je voulais qu’il y ait un générique et que ça puisse se boucler. Après je ne veux pas nécessairement que l’on comprenne ce sens, chaque chanson doit pouvoir être écoutée de manière isolée.» On aura saisi que cette boucle se referme sur un pan de l’univers de Biolay où il constate : je ne fais plus du tout/à genoux/la prière.

Avec Saint-Clair, Biolay démontre bien que la foi est personnelle. Et sans conteste musicale.

Il le dit lui-même : «Une chanson, c’est aussi une manière de faire la prière.»


♦ Saint-Clair, Benjamin Biolay, disponible le 9 septembre.

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