L'importance de l'image en politique: S’entourer de sa famille peut être payant pour un chef de parti

Geneviève Lajoie | Bureau parlementaire
Briller sous les projecteurs des caméras entouré de sa famille peut être un atout pour un chef de parti en campagne électorale, surtout lorsque l’image projetée sert le projet politique. Mais cette carte est à double tranchant pour les femmes, selon un expert.
La conciliation travail-politique est ardue, plus encore durant le marathon électoral, où les leaders des formations politiques sillonnent le Québec en autocar de l’aube au crépuscule. Mais l’image véhiculée par un chef entouré de ses proches n’en ait pas moins importante aux yeux de certains électeurs, mieux à même de s’identifier au politicien, note Thierry Giasson, professeur et directeur du Département de science politique de l’Université Laval.
Jeunes pères, les chefs de Québec solidaire et du Parti québécois apparaissent parfois en public en compagnie de leur famille. Soudain, l’élu semble plus humain, plus près de la réalité quotidienne du commun des mortels.
Ça envoie un indice visuel que cette personne est comme eux, (...) a une vie normale, une vie qui ressemble à la leur, illustre l’universitaire. Ça devient un facteur d’identification qui pourrait, dans certains cas, ancrer la décision de certaines personnes».
Et lorsque l’image du chef sert les valeurs et les enjeux soulevés par le parti, c’est un coup double. C’est ce qui se passe notamment avec Québec solidaire et son coporte-parole, souligne M. Giasson.
Bien sûr, Gabriel Nadeau-Dubois n’a pas eu un enfant pour servir sa carrière politique ou faire avancer le destin des solidaires. «Mais quand des choses se déroulent dans la vie du candidat et qu’elles peuvent permettre de venir personnaliser les enjeux dont le parti veut parler, bien on va le faire cet exercice-là», précise-t-il. Dans le cas de QS, qui fait le plein d’appuis dans les cégeps et universités, les jeunes familles sont évidemment une nouvelle clientèle à cibler.
«À QS, il y avait une stratégie délibérée de mise en avant de l’identité de père de GND parce qu’on avait l’impression que les gens avaient une image pas particulièrement positive de lui, on le voyait comme étant quelqu’un d’un peu prétentieux, qui était parfois hautain ou cassant, qui était peut-être un peu trop pugnace et on a voulu arrondir certaines aspérités», avance le professeur.
L’expert souligne aussi une intervention du chef péquiste PSPP cette semaine, qui a rapporté publiquement une conversation avec sa conjointe pour illustrer la hausse du coût de la vie et appuyer un engagement de sa formation politique pour lutter contre l’inflation. Sa femme a refusé d’acheter son yogourt grec à la vanille, son préféré, en raison de son prix exorbitant.
Straight man de Legault
Si elle s’est montrée très discrète au cours des quatre années au pouvoir de la CAQ, la conjointe de François Legault est omniprésente en campagne électorale. Selon Thierry Giasson, Isabelle Brais joue un peu le rôle du «straight man» du chef caquiste.
Le premier ministre sortant est reconnu pour faire parfois des bourdes ou des erreurs langagières quand il s’exprime. Le chef de la CAQ joue d’ailleurs beaucoup sur cette image de «gars comme les autres».
«Dans le duo comique, il y a toujours le straight man qui corrige un peu l’autre ou qui prépare une joke, qui permet de mettre en valeur l’autre personne. Et je pense que Mme Brais, elle sert un peu à ça dans ce duo-là. Elle permet de diminuer la pression lorsque M. Legault commet des impairs, elle peut en rire un peu».
Des stéréotypes
Seule femme de la bande, la libérale Dominique Anglade apparaît peu avec sa famille depuis le début de la campagne. Ce n’est pas tant par choix pour la mère de trois enfants, puisque sa progéniture est d’âge scolaire et ne peut faire l’école buissonnière.
N’empêche, la perception que les gens se font des politiciennes est marquée par beaucoup de stéréotypes genrés, soutient l’universitaire. Lorsqu’on voit GND avec son bébé, PSPP avec ses petits ou Justin Trudeau avec ses proches, on approuve.
«On (les) trouve fantastiques, on trouve ça génial, (ce sont des hommes) de leur temps, ils s’occupent de (leur) famille. Mais une femme politique qui ferait la même chose, ça peut susciter des doutes. Le premier doute, il y a des études qui le montrent, c’est que les gens se demandent si c’est une bonne mère, si elle est là suffisamment pour sa famille», signale le professeur.
Une invitée sur la caravane
Nouveau venu sur la scène politique, le chef du Parti conservateur n’apparaît jamais en public avec son conjoint. «C’est une décision stratégique qui appartient à Éric Duhaime et ses stratèges. Peut-être que cette personne-là n’est pas à l’aise, peut-être qu’il y a des enjeux professionnels aussi».
Mais la caravane conservatrice accueille parfois une invitée pour le moins particulière. Mia, la chienne du leader conservateur, est un croisement entre un labrador et un pitbull. Éric Duhaime l’avait adoptée lors du débat sur les chiens dangereux. Mais là encore, l’image du politicien vient appuyer les valeurs défendues par le parti, selon M. Giasson. «Il y un message très clair. Il ne se promène pas avec un golden retriever, il se promène avec un chien qui lui permet de parler de sa politique de la liberté individuelle».
Une affaire de famille aussi pour la première dame

Pour l’épouse du premier ministre sortant, Isabelle Brais, faire campagne aux côtés de son époux témoigne de « l’esprit de famille » qui existe au sein de leur formation politique.
« Moi je dis souvent que ce n’est pas un parti qu’on a, c’est une grande famille. Tout le monde se respecte, s’écoute, se tient les coudes serrés... On est tissés serrés », a-t-elle confié, dans une rare entrevue avec Le Journal.
Si elle se fait un devoir d’être présente aux côtés du chef caquiste presque tous les jours depuis le début de la campagne électorale, c’est aussi par souci de lui offrir un certain « soutien moral ».
« Souvent, il faut que je le calme, parce qu’il s’énerve... Des fois ! Pas tout le temps... La plupart du temps, il est assez calme, mais c’est juste de le faire respirer, pour ne pas qu’il s’attache à des petits détails », a relaté Mme Brais, en riant.
« Trente-six jours de campagne, ça peut être long et par moments dur sur le moral. Isabelle sait me conseiller et me réconforter », a commenté le chef caquiste François Legault, en soulignant que sa conjointe « est au cœur » de son équipe.
— Marc-André Gagnon, Bureau parlementaire
Le plus grand défi de Dominique Anglade

Être une maman de trois enfants à l’école et une cheffe de parti représente le plus grand défi de Dominique Anglade.
« Ce n’est pas un équilibre qui est facile au quotidien, bien particulièrement en campagne électorale », affirme la cheffe du Parti libéral.
Les autres chefs se promènent avec leurs femmes et leurs enfants depuis le début de la campagne. Impossible pour elle, en raison du début des classes.
Ses enfants et son mari ne l’ont accompagnée dans l’autobus du parti que durant la première journée. « J’étais particulièrement contente », a-t-elle relaté.
Un choix qui « n’est pas facile », dit-elle. « J’ai des enfants qui sont à l’école, donc ils ne peuvent pas venir pendant la semaine [...] C’est un message que je voulais aussi lancer, c’est que c’est important l’école. »
Ses deux filles fêteront d’ailleurs leurs anniversaires au mois de septembre, au cœur de la campagne électorale. « On va s’organiser des moments pour que moi je puisse aller les voir à la maison et pour qu’elles puissent venir dans l’autobus », souligne la cheffe. « Mais oui, ils vont venir dans l’autobus aussi et on va trouver cet équilibre-là qui n’est pas facile, mais qui est faisable. »
— Nicolas Lachance, Bureau parlementaire
La politique, c’est aussi de l’émotion

En plus de passer du temps de qualité avec la petite Hélène, âgée d’à peine six mois, faire campagne en famille permet à Gabriel Nadeau-Dubois de montrer un côté plus sensible de sa personnalité, une facette qu’il assume mieux qu’avant, confie-t-il.
Issu des milieux syndicaliste et universitaire, il dit avoir compris l’importance du contact humain en côtoyant Manon Massé, après avoir longtemps cru que les idées seules suffisaient à convaincre les électeurs. « Je me suis réconcilié avec le fait que l’émotion, ça fait partie de la politique, pis ce n’est pas mauvais, il ne faut pas regarder ça de haut », dit-il.
Il explique vouloir ainsi connecter avec les électeurs. « J’avais des préjugés, je pense, sur le fait d’assumer que ma vie familiale, ma vie personnelle, ma sensibilité, ça fait partie de moi, et que si les Québécois, Québécoises veulent apprendre à me connaître, il faut que j’accepte de montrer ça aussi », dit-il.
— Patrick Bellerose, Bureau parlementaire
Le bien-être des enfants d’abord

Les enfants de Paul St-Pierre Plamondon ne feront pas campagne avec leur père, mais ce dernier ne les cache pas non plus. Cette semaine, sa fille de 4 ans et son fils de 2 ans ont rejoint l’équipe de campagne au restaurant. Ne pas les voir au quotidien est difficile, avoue le chef, l’œil humide, qui reconnaît être émotif sur cette question. Mais la décision de les garder à l’écart a été prise après avoir consulté des psychologues de l’enfance. « On m’a dit que c’est mieux d’avoir de courts moments avec eux où je suis entièrement à l’écoute que de les exposer à leur papa plus souvent, mais qui n’est pas capable de leur donner l’attention dont ils ont besoin », nous a-t-il expliqué. Il s’accordera deux fenêtres de temps par semaine pour ses enfants pendant la campagne. « Les histoires d’images [...] oui ça fait de bonnes photos... Mais la réalité est que des enfants de 2 et 4 ans ne peuvent pas vivre 18 heures par jour sur un autobus. » La femme du chef est toutefois très impliquée et coordonne les bénévoles du local électoral de son comté.
— Annabelle Blais, Le Journal de Montréal
Avec son chien sur la route

Le chef conservateur ne prévoit pas apparaître en public avec des membres de sa famille au cours de la campagne électorale. Toutefois, il arrive que ses parents, Henri et Ginette, viennent le visiter en privé. À l’occasion, son chien Mia vient passer une journée dans la caravane, mais il demeure dans l’autobus pendant les annonces et les autres activités de campagne d’Éric Duhaime. C’est d’ailleurs le chauffeur de l’autobus qui a la tâche de promener le chien en l’absence de son maître.
— Gabriel Côté, Agence QMI
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