«L’étoile des étoiles»: Albertine Lapensée, la première grande star du hockey féminin
Jacques Noël
Un bon siècle avant Marie-Philip Poulin, Albertine Lapensée brûlait la Eastern Ladies Hockey League.
À ses débuts avec les Vics, en 1916-17, la Franco-Ontarienne a compté 150 des 228 buts de son équipe, qui a remporté 45 victoires et connu un seul match nul. Véritable machine à compter des buts, elle en avait enfilé 15 dans un massacre de 21 à 0 des Victorias de Cornwall sur les pauvres filles d’une équipe d’Hochelaga.
Surnommée la «Miracle Maid» par les médias anglophones et «l’étoile des étoiles» par les médias francophones, elle a été la première star féminine de notre sport national.

EN TEMPS DE GUERRE
Alors que les gars sont partis à la Grande Guerre, les filles occupent les arénas vides. Pendant deux saisons, Albertine remplit les filets à Ottawa, Montréal, Québec. Elle est tellement douée que certains la soupçonnent même d’être un garçon.
Albertine a appris à jouer à la dure, sur les étangs glacés à Cornwall, avec ses huit frères et sœurs. Son lancer est tellement puissant que la gardienne des Westerners, Miss Hardman, porte un masque de receveur au baseball lorsqu’elle joue contre elle (on est presque un demi-siècle avant Jacques Plante).

Le Devoir dit qu’elle a «une popularité sans égale dans le monde du hockey». Le Montreal Star la traite de «prima donna».
Albertine ne remplit pas que les buts. Le Jubilee Arena, situé au coin de Sainte-Catherine et d’Alphonse-D.-Roy, qui contenait 3000 spectateurs, affiche complet lors de ses visites. Consciente de sa valeur, elle demande une part des profits; les proprios refusent. Miss Albertine prend sa retraite. On ne la reverra plus jamais.
Certains ont prétendu qu’elle serait morte de la grippe espagnole en 1918.
D’autres disent qu’elle s’est mariée aux États-Unis avec un certain Albert Schmidt (le même nom de famille que sa mère). On n’a malheureusement trouvé ni certificat de mariage ni certificat de décès. La généalogie a ses limites parfois bien frustrantes. Mais on n’est jamais à l’abri d’une découverte.

CORNWALL
Albertine Lapensée est née le 10 août 1898 à Cornwall en Ontario. Elle était l’une des neuf enfants de Philippe Lapensée (1871-1940) et de Mathilde Elizabeth Schmidt (1872-1929). Ses grands-parents, Antoine Lapensée (1830-1884) et Adélaide Auchu (1840-1914), étaient originaires de Châteauguay.
L’ancêtre, Pierre Pezet dit Lapensée (1727-1813), originaire de Saint-Antonin, au nord de Toulouse est un soldat de la Compagnie de Lorier. Il débarque à Montréal en 1747. En 1755, il est hospitalisé à l’Hôtel-Dieu de Montréal. Le soldat fait seulement cinq pieds et un pouce, a les yeux gris, une verrue sur l’œil droit, les cheveux roux et des taches de rousseur sur le visage.
En 1759, il épouse Marie-Louise Roch (1731-1813), Canadienne de 4e génération. La famille s’établit à Châteauguay, où mourra notre rouquin. La famille reste dans le coin pendant un bon siècle jusqu’au départ d’Antoine (1830-1884) pour Cornwall, où naîtra sa petite-fille Albertine, l’étoile des étoiles du hockey féminin.
LIGNÉE PATERNELLE D’ALBERTINE LAPENSÉE
I. LAPENSÉE, Philippe (1871-1940)
SCHMIDT, Mathilde Elizabeth (1872-1929)
Mariés le 20 juillet 1891, Cornwall, Ontario
II. LAPENSÉE, Antoine (1830-1884)
AUCHU, Adélaide (1840-1914)
m. 27 octobre 1857, Châteauguay
III. PEZET-LAPENSÉE, Antoine (1800-1865)
PITRE, Josephte (1803-1869)
m. le 26 février 1827, Sainte-Martine
IV. PEZET-LAPENSÉE, Pierre-Médard (1762-1841)
MAROTTE, Michele-Archange (1771-1851)
m. le 23 avril 1792, La Prairie
V. PEZET dit LAPENSÉE, Pierre (1727-1813)
GLORIA dit ROCH, Marie-Louise (1731-1813)
m. le 26 février 1759, Montréal