Interdire les Airbnb n’aura aucun impact sur le prix du logement
Selon une étude publiée par Statistique Canada

Francis Gosselin
Abolir les Airbnb n’aurait pratiquement aucun impact sur le prix du logement. Selon une étude publiée par Statistique Canada plus tôt cette semaine, les chiffres avancés pour mener cette «guerre» au logement à court terme sont pour la plupart erronés.
Un divan n’est pas un logement
L’agence fédérale a analysé en détail l’univers du logement à court terme au Canada. Elle en conclut qu’en fait, moins de 30% des logements qu’on retrouve sur Airbnb sont de «vrais» logements à long terme potentiels (LLTP).
En conséquence, Statistique Canada conclut que dans les principales villes du pays, les LLTP représentent moins d’un demi pour cent de l’ensemble des logements disponibles; aussi peu que 0,26% dans le cas d’Ottawa-Gatineau, jusqu’à 0,45% à Vancouver. Sur près de deux millions de logements disponibles dans la région montréalaise, par exemple, à peine 7000 sont de vrais logements à long terme potentiels.
Le rapport conclut par ailleurs que «le niveau d’activité d’Airbnb n’a eu aucune incidence importante sur le coût du loyer, puisque la proportion est trop faible pour avoir une incidence importante».
Est-ce dire qu’il ne faut rien faire? Peut-être pas. Mais des actions beaucoup plus importantes (et beaucoup moins spectaculaires) pourraient être entreprises par nos élus.

Dans le vrai monde
Cette conclusion théorique est aussi observable en réalité. À New York, l’administration municipale a adopté en 2022 la loi locale 18 (LL18), une interdiction quasi totale des locations à court terme.
Les prix n’ont pas connu la trajectoire prévue.
Lors de l’annonce du règlement, le maire de New York, Eric Adams, déplorait que «les opérateurs de location à court terme illégaux nuisent à notre secteur hôtelier et rendent plus difficile pour les New-Yorkais de trouver un logement abordable».
Un discours politique qui, malheureusement, ne s’est pas traduit dans la réalité.
Si l’effet de la LL18 sur l’hôtellerie est mesurable, celui sur le logement l’est beaucoup moins. Depuis l’adoption de la loi, New York a vu le nombre d’Airbnb diminuer de 20 000 unités. Le prix des nuitées à l’hôtel a augmenté de 8,5%. Et le prix des logements... a aussi progressé: de plus de 4% en 2023 et de 9% depuis le début de l’année 2024.
Construire, peut-être?
Depuis des années, l’Association des professionnels de la construction et de l'habitation du Québec (APCHQ) clame l’urgence d’augmenter considérablement l’offre de logements pour sortir de la crise.
Selon les estimations de l’APCHQ, il faudrait construire 1,2 million de logements d’ici 2030. Autrement dit, il faut mettre en chantier 200 000 nouveaux logements par année.
Ainsi, chaque fois qu’un élu, un fonctionnaire ou un institut de recherche investit du temps, de l’argent et de l’attention médiatique à parler d’Airbnb, cette personne s’attaque à 0,4% du problème.
Ne soyons pas surpris que la crise empire. En matière d’habitation, il est grandement temps de revoir nos priorités.