Il tue sa mère lors d’un délire psychotique: un cinéaste croyait vivre dans le «Truman Show»


Michael Nguyen
Le cinéaste schizophrène qui a tué sa mère à coups de couteau était convaincu de vivre dans le film The Truman Show et ne devrait donc pas être tenu criminellement responsable.
«Il dit qu’il est au cœur d’une machination où il était filmé et que tout le monde est des figurants», a expliqué Me Anne-Andrée Charette, de la Couronne, ce lundi, au palais de justice de Montréal.
Assis dans le box des accusés, Emmanuel Gendron-Tardif, 30 ans, avait l’air troublé en écoutant la procureure raconter le meurtre qu’il avait commis le 25 janvier 2023. En plein délire psychotique, il avait tué sa mère, Lysane Gendron, en croyant qu’il s’agissait d’un imposteur qui jouait un rôle.

«C’est la personne que j’aimais le plus sur terre... J’espère qu’elle a vu, dans ma plus grande laideur, l’amour que je lui portais», a dit l’accusé hier, sous le regard de ses proches qui retenaient leurs larmes.
À l’époque, l’accusé avait développé un trouble psychiatrique et des délires, au point où il croyait faire partie du Truman Show. Ce film de 1998 raconte l’histoire d’un homme «vedette» malgré lui d’une téléréalité depuis sa naissance.
Pour «sortir de là»
Gendron-Tardif a vu son état empirer, jusqu’à croire qu’il devait tuer la femme qui jouait le rôle de sa mère pour «sortir de là». Il a d’abord cru que de répéter le titre du film J’ai tué ma mère, de Xavier Dolan, allait suffire, mais ça n’a pas été le cas.
Il l’a alors poignardée au moins 38 fois, lui causant 115 plaies.

Lors de son arrestation, le cinéaste a mentionné qu’il vivait «dans un Truman Show et que tout le monde est comédien», et que «la violence lui a foncé dedans».
Accusé de meurtre au second degré, Gendron-Tardif a été envoyé à l’Institut Philippe-Pinel. Au bout de longs traitements, il a fini par réaliser l’horreur qu’il avait commise.
«J’aime ma mère... et je l’ai perdu de vue pendant un chapitre malade de ma vie», a-t-il dit hier.

Soutien de ses proches
Pour le frère de l’accusé, il ne faisait aucun doute qu’il s’agissait d’un cas de santé mentale, tout en déplorant le manque de ressources dans le système. Il a ensuite avoué se poser beaucoup de questions sur ce qu’il aurait pu faire pour éviter un tel drame.
«Vous étiez là, vous l’avez accompagné, a toutefois rétorqué la juge Hélène Di Salvo, en expliquant qu’il n’avait rien à se reprocher.
Le père de l’accusé a ensuite encensé Mme Gendron, en rappelant à quel point elle aimait ses enfants, et que le sentiment était réciproque.
«Emmanuel doit être tellement triste et défait. Il fait des efforts immenses pour comprendre sa maladie [...] pour continuer à vivre», a-t-il dit en assurant son soutien à son fils pour améliorer sa condition.
Visiblement émue par ces témoignages, la juge a même semblé retenir ses larmes. Elle annoncera si elle accepte de déclarer Gendron-Tardif non criminellement responsable de ses actes la semaine prochaine.
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