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L'article provient de Le Journal de Québec
Opinions

Gabriel Nadeau-Dubois n’a pas pris un «beau risque»

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Photo portrait de Antoine Robitaille

Antoine Robitaille

2024-05-23T04:00:00Z
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Quelques jours après la démission de sa co-porte-parole Émilise Lessard-Therrien, Gabriel Nadeau-Dubois donnait un grand coup de pied dans la ruche qsiste. 

Lors d’un point de presse qui fera date, début mai, il affirmait que sa formation devait désormais se voir comme un «parti de gouvernement». Il l’incitait à être plus «pragmatique». L’urgence? «Simplifier» le programme, devenir «agile». 

Rupture

C’était, disait-il, sa position depuis qu’il avait joint le parti.

En fait... non. Peu après l’élection de la CAQ, (le 9 décembre 2018), dans une vidéo sur les réseaux sociaux de QS, il déclare: «Penser que la prise du pouvoir par un parti passe nécessairement par un recentrage, c’est une vieille manière de comprendre la politique.»

Son inspiration? Ces «mouvements politiques» qui ont «un agenda de changement assumé». Bernie Sanders aux États-Unis; Podémos en Espagne. Selon GND ils s’approchaient «du pouvoir parce qu’ils ont des propositions de rupture».

  • Écoutez la rencontre politique entre Antoine Robitaille et Benoît Dutrizac via QUB :

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Six ans plus tard, GND, aux prises avec une crise de «leadership», a joué son va-tout en proposant une autre sorte de rupture. Celle de QS avec son passé.

Soutenir que «désormais» il faut faire preuve de «pragmatisme» et se concevoir comme un parti de gouvernement revient implicitement à dire que jusqu’à maintenant, QS n’a voulu ni l’un ni l’autre.

Être un militant qsiste de longue date, je trouverais cela peu flatteur. Lorsqu’on fonde un parti politique, après tout, on veut nécessairement prendre le pouvoir. 

Pas un «beau risque»

Certains y ont vu une sorte de «beau risque» de la part de GND, en référence à ce que René Lévesque avait tenté en septembre 1984: conclure un accord constitutionnel réparant le coup de force de 1982.

Ça tranche avec le risque de GND, qui l’utilise comme diversion afin d’imposer sa vision à ses troupes et se maintenir en poste. Dans sa lettre publiée ces jours-ci dans les journaux, on comprend qu’il souhaite que la gauche «se mette à gagner ses élections».

Avec son risque, Lévesque souhaitait faire gagner le Québec. GND, lui, travaille pour ses intérêts et ceux de «la gauche». 

Photo d'archives Stevens LeBlanc
Photo d'archives Stevens LeBlanc
«Gauche efficace»

L’autre rupture s’observe dans le vocabulaire utilisé par GND dans cette opération. Il donne dans une vulgate managériale surprenante de sa part: «Faisons la preuve que nous serons capables de livrer la marchandise.» Tout cela rappelle la «gauche efficace», concept disputé par François Legault et Jean-François Lisée.

Jadis, la gauche rêvait grand, voulait «changer la vie». La «gauche efficace» de GND? «De quoi on rêve? De choses bien terre-à-terre. De maisons et de logements à un prix juste, de salaires qui paient la carte de crédit, de bonnes écoles pour nos enfants, d’un système de santé qui nous soigne rapidement et gratuitement, d’une retraite digne pour nos parents. D’un peu plus de temps pour vivre.»

On est bien loin de QS, «parti de la rue», qui reprenait les slogans de 2012: «Manif chaque soir, jusqu’à la victoire.» Et encore plus des traits d’esprit du mouvement étudiant français de 1968 : «Soyez réalistes, demandez l’impossible.»

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