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L'article provient de Le Journal de Québec

Faire baisser la valeur du dollar américain en menaçant les partenaires: voici le plan qui pourrait être à la source de la politique tarifaire de Donald Trump

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2025-04-16T13:53:51Z
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Une grande réforme mondiale visant à déprécier le dollar, à l'avantage des États-Unis, avec le pistolet sur la tempe de leurs partenaires: c'est le plan d'un des principaux conseillers de Donald Trump, qui pourrait être la source de la politique du président américain.

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La doctrine, détaillée dans un texte de 41 pages publié en novembre, émane de Stephen Miran, patron du Conseil économique de la Maison-Blanche et diplômé de Harvard.

Son texte est beaucoup commenté depuis l'offensive commerciale de Donald Trump, car il prône notamment l'instauration de droits de douane comme outil de pression.

Faire baisser le dollar

«D'un point de vue commercial, le dollar est constamment surévalué», estime Stephen Miran dans son texte. Cela «rend les exportations américaines moins compétitives, les importations américaines moins chères et handicape l'industrie manufacturière», car cela décourage l'implantation des usines aux États-Unis.

Le dollar, adossé à la puissance américaine, est traditionnellement une devise refuge pour les investisseurs en cas de guerre ou de crise. Il est aussi utilisé par des entreprises et des États étrangers pour acheter pétrole et avions, aux prix libellés en dollars.

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Cela permet aux Américains de s'endetter en théorie sans limite, puisqu'il y a toujours quelqu'un prêt à leur prêter.

Or ce système international fait monter, selon Stephen Miran, la valeur du billet vert.

Il appelle donc à une grande réforme du type des Accords du Plaza, signés en 1985 à New York par plusieurs États et prévoyant de déprécier le dollar. Ce serait cette fois l'«Accord de Mar-a-Lago», du nom de la résidence en Floride de Donald Trump.

Stephen Miran juge cependant que l'imposition de lourds droits de douane devrait faire monter dans un premier temps le dollar. Or c'est l'inverse qui s'est produit depuis le lancement de la guerre commerciale début avril: le billet vert est en chute libre.

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Un Big Bang sur la dette

Pour faire baisser la valeur du billet vert, Stephen Miran estime que les partenaires américains pourraient vendre des dollars en leur possession.

Autre proposition: échanger les bons du Trésor détenus par les créanciers, des emprunts sur quelques années généralement, contre de la dette à cent ans.

Les États-Unis n'auraient alors pas à les rembourser régulièrement et limiteraient la potentielle hausse des taux d'intérêt entrainée par les craintes d'un tel bouleversement financier sur les marchés, affirme Stephen Miran.

Il propose aussi une «redevance» sur les intérêts versés aux détenteurs étrangers de bons du Trésor américains, de façon à renflouer les caisses nationales.

Les pays coopératifs pourraient voir leurs droits de douane réduits et continuer à compter sur le parapluie militaire américain, expose-t-il.

Un défaut de paiement, en théorie?

Pour Vicky Redwood, conseillère économique pour la société britannique Capital Economics, la modification contrainte des obligations détenues par les prêteurs des États-Unis équivaudrait «de facto» à un défaut de paiement.

La redevance sur les bons du Trésor américains semble «particulièrement irréaliste», mettent en garde les experts de la banque suisse Pictet dans une note: elle peut être «interprétée comme une rupture de contrat ou comme un défaut de paiement».

«Tout dépend du contenu du contrat», tempère Eric Monnet, professeur à l'École d'économie de Paris. «Si les États-Unis arrivent à obtenir des (autres) pays un accord, juridiquement cela peut se faire sans défaut», a-t-il affirmé lors d'une conférence récemment.

Un plan risqué

Stephen Miran admet lui-même dans son texte «le risque de volatilité indésirable de l'économie et des marchés». Le chemin est «étroit», reconnaît-il. Ces derniers jours, il a même semblé adoucir sa doctrine en se montrant moins offensif dans un discours.

Les économistes sont globalement très critiques.

Ce projet d'accord de Mar-a-Lago «est mal avisé d'un point de vue théorique et pratique», tranche Pictet, mettant en doute les arguments de Stephen Miran sur les origines de la surévaluation du dollar.

Selon Adam Slater, économiste du cabinet britannique Oxford Economics interrogé par l'AFP, il faudrait une baisse du dollar «supérieure à 20% (...) pour réduire sensiblement le déficit commercial», ce dont il doute en matière de faisabilité.

«Si les États-Unis veulent vraiment réduire leurs déficits commerciaux, il y a de meilleures manières d'y parvenir», attaque pour sa part Vicky Redwood.

Elle met aussi en avant les risques «d'envolée des taux d'emprunt américains.

Ces derniers ont d'ailleurs décollé à partir de lundi dernier, atteignant de très hauts niveaux dans la semaine, signe d'une inquiétude croissante envers la politique économique américaine, même si Donald Trump n'a pas endossé publiquement le plan Miran.

Les taux se sont toutefois détendus lors des deux dernières séances, lundi et mardi.

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