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L'article provient de TVA Nouvelles
Culture

Enquête | Institut de la statistique: les jeunes boudent la culture québécoise

Moman et Popa (Serge Thériault et Claude Meunier) ont fait rire jusqu'à 4 millions de Québécois par épisode de «La petite vie». De telles cotes d'écoute sont presque impossibles à reproduire en 2025.
Moman et Popa (Serge Thériault et Claude Meunier) ont fait rire jusqu'à 4 millions de Québécois par épisode de «La petite vie». De telles cotes d'écoute sont presque impossibles à reproduire en 2025. Photo d'archives fournie par Radio-Canada
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Photo portrait de Cédric Bélanger

Cédric Bélanger

2025-08-11T21:00:00Z
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Une nouvelle étude révèle l’ampleur du désintérêt des jeunes Québécois envers la télévision, le cinéma et la musique fabriqués chez nous. Troublant fait saillant: moins de 4% des 15-29 ans écoutent surtout de la musique d’artistes québécois.

Menée en 2024 auprès de 16 000 personnes de 15 ans et plus par l’Observatoire de la culture et des communications, une branche de l’Institut de la statistique du Québec, l’Enquête québécoise sur les loisirs culturels et le divertissement, publiée lundi matin, dresse d’autres alarmants constats.

Toujours chez les 15-29 ans, plus de 80% des personnes interrogées ont affirmé qu’elles regardent principalement des films non québécois. Elles sont seulement 4,4% à préférer regarder le cinéma d’ici.

La télévision québécoise, qui vit une crise sans précédent marquée par d’incessantes annonces de mises à pied depuis quelques années, loge aussi dans l’angle mort des jeunes. À peine 8,2% des 15-29 ans privilégient les productions du Québec au petit écran.

On ne s’étonne pas d’apprendre que les Netflix et Prime de ce monde dominent dans cette tranche d’âge. Quatre-vingt-dix pour cent d’entre eux optent pour les contenus des plateformes non québécoises de diffusion numérique, dévoile l’enquête.

Par ailleurs, la langue de la musique des 15-29 ans n’est de toute évidence pas celle de Félix Leclerc. Un peu plus de 5% écoutent surtout des chansons en français. Ce phénomène est générationnel, puisqu’à l’inverse, 24% des 60-74 ans et 47,2% des 75 ans et plus préfèrent la musique francophone.

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Dans les circonstances, notre littérature s’en tire légèrement mieux, puisque 14,5% des 15-29 ans lisent surtout des auteurs québécois.

Pas les mêmes idoles

Un professeur en marketing à l’UQAM met un bémol. Selon Alexis Perron-Brault, les jeunes se détournent effectivement de la culture, mais surtout de celle mise de l’avant par les médias traditionnels.

«On remarque qu’ils regardent beaucoup de vidéos courtes sur YouTube, TikTok et Instagram. On n’a pas d’indications sur ce qu’ils regardent exactement, mais je vois qu’il y a beaucoup de créateurs québécois sur ces plateformes, que ce soit des balados ou des humoristes», observe-t-il.

«La culture québécoise est vibrante en ligne. Si vous demandez aux jeunes qui sont leurs célébrités québécoises préférées, ils vont vous nommer des influenceurs, des créateurs de contenus, des animateurs de balados.»

Autrement dit, les jeunes n’ont pas les mêmes idoles que leurs aînés, qui consomment encore notre culture via les médias traditionnels.

Les barrières sont tombées

Dans ce contexte, il ne faut pas s’attendre à ce que la télévision traditionnelle revive les années glorieuses d’antan. «Des phénomènes comme La petite vie, on ne reverra pas ça», croit M. Perron-Brault.

«Les barrières de langue sont tombées. Les jeunes d’aujourd’hui parlent pas mal tous très bien anglais, voire même plusieurs autres langues, ce qui peut expliquer pourquoi on a plus de facilité à regarder du contenu d’ailleurs.»

Alexis Perron-Brault reconnaît que l’adoption de nouvelles lois, dont celle sur la découvrabilité du contenu francophone sur les plateformes numériques que porte à bout de bras le ministre de la Culture du Québec, Mathieu Lacombe, aura un impact, «mais ce ne sera pas majeur».

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