Ce qui ne va pas dans la formation des futurs profs (2)
«Je faisais ainsi parce que c’est ce que mes profs avaient fait devant moi quand j’étais enfant. Un jour, je découvre que ce que je faisais spontanément porte un nom: l’enseignement explicite», écrit Joseph Facal.

Joseph Facal
La percutante lettre de Pascale Bourgeois dans nos pages (21 mai) a fait éclater au grand jour un débat fondamental sur nos futurs enseignants.
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Le débat ne porte pas seulement sur leur niveau moyen assez faible. Là-dessus, il n’y a guère de débats, seulement des constats et des excuses.
Le débat, c’est aussi: comment faut-il enseigner pour obtenir de bons résultats? Dès lors, comment former ceux et celles dont ce sera le métier?
Comment
Voici ce que de longues années d’enseignement m’ont appris.
Imaginez deux jeunes de même niveau. Ils ont chacun leur prof. Si les deux profs sont égaux en passion et en patience, celui qui a les bonnes méthodes obtiendra plus de succès.
Par «succès», je ne parle pas de sa popularité, mais des résultats de ses élèves.
Comment font ces profs qui réussissent et pas seulement parce que leurs étudiants sont bons au départ ?
D’abord, ils bannissent le flou. Les étudiants veulent de la clarté. Ils veulent des attentes et des directives parfaitement expliquées.
Ensuite, le prof doit assumer que lui sait et que l’étudiant ne sait pas. Il doit donc maîtriser pour vrai les mathématiques, l’histoire ou le français qu’il enseigne.
Oui, il y a un rapport hiérarchique, une relation de pouvoir, qui n’a pas à être un abus de pouvoir.
Il dirige, donc il exerce une autorité. Il est un maître, pas un ami, pas un grand frère, pas un amuseur ou un moniteur de camp de vacances. Nous sommes là pour travailler.
Il doit ensuite expliquer, montrer et guider.
Expliquer, c’est dire les buts visés de ses leçons et fournir les connaissances requises pour atteindre ces buts.
Montrer, c’est faire l’exercice devant les étudiants, de vive voix, en s’attardant sur chaque étape du raisonnement.
Guider, c’est faire pratiquer les étudiants en leur demandant d’expliquer eux-mêmes le raisonnement qu’ils ont utilisé et c’est aussi faire ressortir ce qu’ils ont bien fait ou mal fait et pourquoi.
Tout cela se fait par étapes, en découpant la matière en portions digérables, en ne passant pas à l’étape suivante tant qu’on ne s’est pas assuré qu’ils suivent.
On les fait participer, on les questionne, on multiplie les exemples, on leur demande de montrer qu’ils ont compris.
Après seulement, ils seront capables de travailler seuls.
- Écoutez la chronique de Joseph Facal via QUB :
Merci
J’ai fait ainsi pendant toute ma carrière. Honnêtement, j’étais un bon prof. Les étudiants me disaient: «avec vous, on sait exactement ce qui est attendu».
Des années plus tard, je tombais sur des étudiants qui me disaient merci. Le plus beau métier du monde.
Jamais on ne m’a accusé de faire du «bourrage de crâne» ou d’être élitiste.
Je faisais ainsi parce que c’est ce que mes profs avaient fait devant moi quand j’étais enfant.
Un jour, je découvre que ce que je faisais spontanément porte un nom: l’enseignement explicite.
Des évidences, me direz-vous. Justement, non, plus maintenant. De nouvelles méthodes furent introduites. Misère...
Suite et fin dans ma prochaine chronique.