Le Journal de Montréal
Opinions

Affaire Delisle: alors, qui a tué Nicole Rainville?

Alors, qui a tué Nicole Rainville?
Photo d'archives, Stevens LeBlanc
À la suite de l’arrêt des procédures à l’endroit de l’ex-juge Jacques Delisle, le mystère demeure entier sur les circonstances de la mort de sa femme, Nicole Rainville.
Maria Mourani

Maria Mourani

12 avril à 20h

Après une saga judiciaire de près de 12 ans, l’ex-juge Delisle est un homme libre à la suite d’un arrêt des procédures. Delisle est l’époux de Nicole Rainville, retrouvée morte d’une balle dans la tête le 12 novembre 2009. Cette tragique histoire se résume en quelques mots: est-ce que la victime s’est suicidée ou a-t-elle été assassinée?

Suicide ou meurtre? L’autopsie, la balistique et l’observation de la scène de crime, notamment les éclaboussures de sang, sont quelques outils de sciences judiciaires qui peuvent permettre de répondre à cette énigme.

Établir la distance de tir et la trajectoire de la balle par l’analyse du point d’entrée en est un exemple. Lorsque le canon est proche de la victime, il laisse des brûlures et des blessures propres à cette distance.

L’observation des éclaboussures de sang peut aussi révéler des indices sur le déroulement de l’événement. La trajectoire des gouttes permet de connaître le point d’origine du sang et de ses mouvements. Avez-vous vu la série Dexter? Elle décrit bien cette technique scientifique.

Alors, comment expliquer que le décès de Rainville demeure toujours un mystère?

Capture d'écran, TVA Nouvelles
Nicole Rainville

B.a.-ba de l’autopsie

Avez-vous déjà vu une autopsie? À tout le moins dans un film? Le médecin légiste y déploie tout une procédure pour documenter ce qu’il voit et fait. Examen externe du corps, puis interne. Ouverture du ventre et extraction des organes un par un.

La dernière étape est la tête. Il faut décalotter la boîte crânienne et examiner le cerveau, puis en faire des coupes en tranche. Toutes ces étapes sont accompagnées de prélèvements d’organes et de fluides qui sont envoyés à la toxicologie. Des photos sont prises et les plus méticuleux des pathologistes vont jusqu’à s’enregistrer tout au long de l’examen.

Vous l’aurez compris, j’ai déjà participé à une autopsie. Alors, vous imaginez ma surprise lorsque j’ai appris qu’on n’avait pas conservé ni même photographié des coupes du cerveau de Mme Rainville lors de son autopsie. Par ailleurs, aucun prélèvement des zones endommagées par la balle n’a été fait. Seul le témoignage du pathologiste avait servi à incriminer Delisle.

Un passionné de séries policières n’aurait pas fait de telles erreurs!

Appel de la décision?

Au regard du bâclage de l’autopsie, le juge Émond ne pouvait que déclarer l’arrêt des procédures. Faire appel aurait engendré un gaspillage de fonds publics.

À ce stade-ci, l’important n’est d’ailleurs plus de savoir si Delisle a tué sa femme ou pas, cette question demeurera dans les limbes des annales judiciaires.

L’article 241 (1) (b) du Code criminel est néanmoins toujours applicable, puisque Delisle a avoué publiquement avoir fourni une arme à feu à sa femme en sachant bien qu’elle voulait s’en servir pour se suicider. Or, aider une personne à se donner la mort est passible, au Canada, d’un emprisonnement maximal de 14 ans.

Toujours est-il que Delisle a 86 ans et qu'il a tout de même passé neuf ans derrière les barreaux. Il a déjà fait son temps.